Machia'h arrive, le saviez-vous?
En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil

lundi 1 décembre 2014


La richesse juive

Ou pourquoi vouloir être riche

par Tali Loewenthal

Comment le Judaïsme envisage-t-il la richesse ? Comment considère-t-il quelqu’un qui travaille dur pour amasser une fortune ? Ne devrait-il pas consacrer plutôt son temps à des occupations spirituelles ?
La paracha de cette semaine qui commence avec la rencontre fatidique entre Jacob et Ésaü jette la lumière sur cette question.
Des années auparavant, Jacob s’était enfui d’Ésaü pour échapper à la colère de son frère. Ésaü pensait qu’il avait été privé, à tort, de son droit d’aînesse et des bénédictions de son père. Il voulait donc tuer Jacob. Ce dernier s’était réfugié dans la maison de son oncle Lavan, bien loin à l’est, à ‘Haran. Là bas, il s’était marié, avait élevé une famille et prospéré. Il avait amassé de gros troupeaux de moutons et de bétail. Il revenait donc à Canaan, sa terre natale.
Sur le chemin du retour, il dut faire face à une confrontation avec son frère Ésaü. Y aurait-il la paix ? Finalement c’est ce qui se produisit, mais pas d’emblée. Jacob fut tout d’abord informé qu’Ésaü avançait vers lui avec une armée hostile. Il prépara donc des plans d’urgence dont le plan de paix évoqué plus tôt. Son présent était accompagné d’un message de conciliation : « J’ai vécu temporairement avec Lavan et j’y suis resté jusqu’à présent. Je possède des bœufs et des ânesses, des moutons, des serviteurs et des servantes et je t’ai envoyé ce cadeau, pour trouver faveur à tes yeux ».
Nos Sages demandent : pourquoi Jacob mit-il l’accent sur le fait que son séjour chez Lavan avait été temporaire ?
Ils répondent que par ces mots Jacob était en train de dire quelque chose sur la nature de la richesse qu’il avait amassée. Il est vrai qu’il avait travaillé très dur et était devenu très riche. C’est pour cette raison, qu’il envoyait un cadeau important à son frère. Mais il voulait également lui signifier quelque chose à propos de la façon dont il considère cette richesse. Les choses de ce monde sont certes importantes. Mais elles ne sont que temporaires.
Jacob disait à son frère : le but principal de la vie n’est pas la richesse en soi, mais la possibilité d'utiliser chaque détail de la vie dans le service de D.ieu.
En fait, « j’ai vécu temporairement » s’exprime dans le texte hébreu de la Torah par un mot unique, garti, qui a la valeur numérique de 613. Jacob disait : « J’ai vécu avec Lavan, l’idolâtre, je me suis profondément consacré à pourvoir aux besoins de ma famille et je suis devenu très riche. » Mais le véritable but en était d’observer les 613 Commandements.
Le Judaïsme nous enseigne que la richesse n’est pas le but, mais le moyen. Celui de de créer la magnifique atmosphère d'un foyer juif, avec des enfants heureux et des invités à sa table. D’être capable de donner du temps, de l'attention, de l'éducation juive, de la charité. De savoir partager avec les membres de la communauté et de jouer son rôle dans le bien-être de tous.
Voilà quel était le message de Jacob à son frère Ésaü, parce que, finalement, c’est là le message du Juif au monde.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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dimanche 30 novembre 2014


Machia’h arrive aujourd’hui!

Je n'envisage rien d'autre

par Menahem Brod

S’agissant de la venue du Machia’h, les sources bibliques, talmudiques et rabbiniques insistent sur la foi dans sa venue, mais également sur la nécessité de son attente. C’est le cas, notamment, de Maïmonide qui, dans ses Treize Principes de la Foi, souligne1 : « S’il tarde, attends-le ! », ou, comme l’énonce la profession de foi Ani Maamine : « Et même s’il tarde, j’attendrai toutefois, chaque jour, qu’il vienne. »
Maïmonide va plus loin en écrivant, au début des lois traitant de Machia’h : « Et quiconque ne croit pas en lui, ou n’attend pas sa venue, renie non seulement tous les prophètes, mais également la Torah et notre maître Moïse. » Il en ressort que même celui qui croit en la venue du Machia’h, mais n’attend pas sa venue, « renie la Torah et notre maître Moïse » !
On sait également que le Talmud enseigne2 : « L’une des questions que l’on pose à l’homme au Jour du Jugement est : “As-tu attendu la Délivrance ?” »
Tout cela nous montre clairement que la Torah exige de chaque Juif non seulement qu’il croie dans la venue du Machia’h, mais aussi et surtout qu’il éprouve une réelle sensation d’attente.

Une expression de l’intensité de la foi

L’importance de cette attente peut s’expliquer de diverses manières :
Une compréhension correcte de ce qu’est une vie de Torah et de MitsvotEn premier lieu, le degré d’expectative atteste de l’intensité de la foi. Un Juif qui affirmerait croire en la venue du Machia’h mais sans pour autant l’attendre, témoignerait ainsi de la fragilité de sa foi. Celle-ci, d’une manière ou d’une autre, pécherait forcément par défaut. Car si sa foi était intègre, comment se pourrait-il qu’un tel Juif ne ressente pas l’attente du « Grand Jour de l’Éternel » ? Comment un Juif croyant aux merveilleux bienfaits qui l’attendent, lui, le peuple juif, le monde entier et la Présence Divine (qui demeure en exil et qui sera également rédimée) lors de l’ère messianique pourrait-il ne pas être impatient à l’extrême de les voir ? C’est pourquoi le degré d’attente de Machia’h d’une personne témoigne de la plénitude de sa foi en sa venue.
D’autre part, l’attente de la venue du Machia’h est également révélatrice d’une compréhension correcte de ce qu’est une vie de Torah et de Mitsvot. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, l’ensemble du service de D.ieu à travers l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot a pour but de préparer le monde aux grands dévoilements qui marqueront l’ère messianique. Actuellement, nous obéissons aux instructions et, au temps du Machia’h, nous en verrons les résultats : le raffinement et la perfection du monde consécutifs à l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot. Il est donc tout naturel qu’un Juif vive dans l’expectative de voir l’achèvement de son œuvre et les fruits de celle-ci. En revanche,  celui qui n’attend pas la venue du Machia’h montre qu’il ne croit pas vraiment dans la capacité de la Torah de changer et de parfaire le monde.

Un aspect de la foi

Toutefois, au-delà de toutes ces considérations, l’attente de la venue du Machia’h démontre tout simplement qu’il ne s’agit pas d’une foi purement conceptuelle en un lointain et hypothétique événement, mais au qu’on croit en sa venue aujourd’hui même !
De fait, s’il s’agissait seulement de croire en la venue du Machia’h, on pourrait très bien penser qu’il s’agit d’un événement appartenant à un futur indéfini. La Torah nous demande de l’attendre, de sorte que nous croyions chaque jour qu’il peut venir à n’importe quel moment. On n’« attend » pas un événement qui doit se dérouler dans des dizaines ou des centaines d’années.
En affirmant que croire en la venue du Machia’h sans pour autant l’attendre revient à « renier la Torah et notre maître Moïse », Maïmonide nous enseigne ce qu’est la véritable foi juive en la venue du Machia’h : ce n’est pas seulement croire qu’il finira bien par venir, mais croire qu’il viendra aujourd’hui même. Dès lors, celui qui y croit de façon théorique, mais qui ne croit pas qu’il viendra aujourd’hui même, n’a pas une foi intègre en la délivrance messianique. Celle-ci exige de croire en sa venue immédiate et donc d’attendre chaque jour sa venue.

Exiger la délivrance

L’attente de la Délivrance est également l’une des principales vertus par le mérite desquelles celle-ci arrivera, et à même d’en accélérer l’avènement. Ainsi peut-on lire dans le Midrache3 : « Isaac dit devant l’Éternel : Maître du monde ! N’y aurait-il pas de retour possible pour les fils ? L’Éternel lui répondit : Ne parle pas ainsi. S’il y a une génération qui attend mon royaume, ils seront délivrés sur-le-champ, comme il est dit : “Il y a un espoir pour ta fin, ainsi a parlé l’Éternel, et les fils reviendront sur leur territoire.” »
Le ‘Hyda4 rapporte qu’il est dit dans le Midrache Yalkout Téhilime5 « Quand bien même le peuple d’Israël n’aurait d’autre mérite que l’espérance, il mériterait la Délivrance en récompense de cette espérance. » Le ‘Hyda explique que lorsque le peuple juif demande la Délivrance, on pourrait lui objecter qu’il n’a pas assez de mérites pour être délivré. Ce à quoi le peuple juif répond : « Nous avons l’espérance et, par cela, nous méritons que Tu nous délivres. »
De même que la Délivrance est hâtée par son attente, l’absence de celle-ci est un des principaux obstacles à son avènement. Car ne pas attendre la Délivrance, reviendrait pour le peuple juif à montrer qu’il s’accommode parfaitement de la situation actuelle lui convient parfaitement, ce qui a pour effet de repousser et de retarder la Délivrance. Rabbi Chimon bar Yo’haï affirme même que l’absence d’une telle attente suscite, dans le Tribunal Céleste, de graves réquisitoires contre le peuple juif : « Tous les milliers de Juifs tombés à la guerre au temps du roi David, ne moururent que parce qu’ils n’avaient pas réclamé la construction du Beth-Hamikdache. »6
Nous voyons donc à quel point il est vital d’attendre la Délivrance et de réclamer de l’Éternel qu’Il se hâte de nous délivrer. Les propos de l’auteur du ‘Hafets ‘Haïm sont, à cet égard, fort intéressants : « C’est plusieurs fois par jour que nous demandons la Délivrance. Toutefois, la seule requête ne suffit pas. Il faut exiger la Délivrance, à l’instar de l’ouvrier qui réclame son salaire. La loi étant que s’il ne le réclame pas, rien n’oblige à le payer le jour même. C’est dans cet esprit que nous devons réclamer notre Délivrance. »7

NOTES
1.Reprenant les mots du verset de Habacouc 2,3. Il est également écrit dans Céphaniah 2,8 : “Ainsi attendez-moi, dit l’Éternel, au jour où Je me lèverai à votre rencontre.” (traduit selon Rachi).
2.Chabbat 31a.
3.Yalkout Eikha.
4.Initiales de [Rabbi] ‘Haïm Yossef David Azoulaï.
5.§ 736.
6.Midrache Téhilim sur le Psaume 17.
7.Certains se demandent si le fait de demander et d’exiger la Délivrance ne contredit pas la version du Talmud rapportée par Rachi (dans le traité Ketouboth 111a) selon laquelle l’Éternel aurait fait jurer au peuple juif "de ne pas forcer l’échéance", ce que Rachi explique comme signifiant "Qu’ils ne multiplient pas à l’excès les supplications à ce sujet". Ce sujet est largement débattu parmi lesPoskim (Décisionnaires). Certains (responsa Avnei Nézer sur Yorei Déah, § 40 et suiv.) ne voient pas dans ce serment une halakhah lemaasseh, une loi contraignante. D’autres affirment que, parallèlement, l’Éternel avait fait jurer les nations du monde de ne pas asservir Israël à outrance. Les nations ayant violé leur serment, Israël s’est trouvé, du même coup, délié du sien. Selon d’autres opinions, ce serment n’était valable que pour mille ans. De même, il est dit dans certains ouvrages des maîtres ‘hassidiques que, passé cinq siècles du sixième et dernier millénaire, il ne saurait encore être question de “forcer l’échéance”, celle-ci étant désormais d’actualité (voir également Avkat Rokhel 2ème partie, principe 9, selon lequel il est non seulement permis aujourd’hui de multiplier les prières pour la délivrance, mais cela constitue au contraire une grande mitsva). Cependant, il n’y a en réalité pas de nécessité de recourir à ces explications : commentant les paroles de Rachi, le ‘Hatam Sofer (dans ses responsa ‘Hatam Sofer 6ème partie, chap. 86) conclut que ce qui est problématique est de chercher à forcer l’avènement messianique par le moyen de la Kabbalah Maassith, la Kabbale pratique, et d’autres procédés de même nature. En revanche, il n’est jamais venu à l’esprit de quiconque qu’il pourrait y avoir la moindre interdiction dans l’attente de la Délivrance et la prière pour celle-ci.
Le Rabbi de Loubavitch est, quant à lui, catégorique (Likoutei Si’hot vol. 20, p. 384) :
Il est clairement évident que cela n’a rien à voir avec l’interdiction de "forcer l’échéance". Il ne s’agit, en effet, pas ici de Kabbalah Maassith, d’invocation des anges, etc., mais de l’étude de la Torah et de l’accomplissement des Mitsvot dans la joie et avec profusion, ce qui inclut de réfléchir au sens simple des mots lorsqu’on se tient devant l’Éternel dans la Amidah et qu’on Lui demande “Et que nos yeux voient Ton retour à Sion grâce à ta miséricorde”, ou encore, “Fais repousser rapidement l’arbre de David Ton serviteur” et d’y mettre une véritable ferveur. Et on se pose alors la question : “Moi-même, qu’ai-je fait pour cela aujourd’hui ?”

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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La persuasion d’une femme
par Naftali Silberberg

« Et [Jacob] se leva cette nuit-là, et il prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants et passa le gué de [la rivière] Jaboc. » — Genèse 32, 23
« Mais où était Dinah [la fille de Jacob] ?1 [Jacob] l’avait enfermée dans une caisse verrouillée afin que Ésaü ne puisse porter ses regards sur elle. C’est pour quoi il a été puni pour l’avoir ainsi refusée à son frère. [Car, s’il l’avait épousée,] peut-être l’aurait-elle ramené vers le bien – et elle est tombée par la suite entre les mains de Chekhem. » — commentaire de Rachi sur ce verset
Ésaü avait été élevé dans le foyer le plus idéal qu’on puisse imaginer. Ses premiers souvenirs d’enfance évoquaient une vie passée en présence de son illustre grand-père Abraham, l’archétype de la gentillesse et de la pureté, qui supervisa personnellement l’éducation de ses petits-fils jumeaux et leur inculqua les fondements d’une vie spirituelle et pleine de sens. Lorsqu’Abraham quitta ce monde alors qu’Ésaü avait quinze ans, la vie du jeune homme se poursuivit en présence d’Isaac et de Rébecca et de son frère Jacob. Voir untsadik (une personne vertueuse) ne serait ce qu’une seule fois a un intense impact sur une personne, or Ésaü passa des décennies avec les trois Patriarches ! Il serait difficile de trouver quelqu’un dans l’histoire dont l’éducation pourrait rivaliser avec la sienne, et pourtant, celle-ci n’eut que très peu d’effet sur l’insensible Ésaü.
Il serait difficile de trouver quelqu’un dont l’éducation pourrait rivaliser avec celle d’ÉsaüMais ce que ses parents et son frère, aussi saints qu’ils fussent, ne réussirent pas, il est probable que Dinah aurait pu l’accomplir. Bien qu’elle fût une très jeune fille, elle aurait pu motiver Ésaü – un homme possédant un immense potentiel irréalisé – à s’amender. Voilà une puissante démonstration de l’influence qu’une femme exerce dans son foyer. Nos Sages désignent la femme comme étant la « akéret habayit », le fondement du foyer, car c’est elle qui donne le ton de son foyer – non pas en prêchant ou en essayant de convaincre, mais en établissant l’environnement familial.
Il y a de nombreuses manières d’influencer les autres. La dynamique de la relation du maître et de l’élève joue certainement un rôle vital dans la construction d’une personne, toutefois il est largement reconnu que la simple transmission d’informations est la méthode la moins efficace pour motiver une personne à s’améliorer. Les parents jouent un rôle bien plus conséquent dans la formation de la personnalité de leurs enfants. Ils sont leurs premiers modèles, leur enseignant à travers l’exemple plutôt que par endoctrinement. Les valeurs qui guident leurs vies demeureront toujours profondément ancrées dans la psyché de leurs enfants. Malgré cela, les enfants ont une propension naturelle à se rebeller, à explorer le monde tout seuls pour parvenir à se forger leur propre éthique et leurs propres valeurs. La tendance innée qu’ont les enfants de rejeter les conclusions auxquelles sont parvenues les générations précédentes permet au monde de progresser constamment et de découvrir de nouvelles « vérités » – dont beaucoup seront réfutées par les générations ultérieures –, mais également limite l’influence que la génération plus âgée exerce sur les plus jeunes.
La plus grande influence est exercée par la femme qui fixe le ton de son foyer. Personne n’est hors d’atteinte de l’atmosphère qui règne dans sa propre maison. L’homme peut être plus volubile concernant son opinion, mais les valeurs qui dominent le foyer l’imprègneront petit à petit.
À l’évidence, Dinah avait une âme d’une puissance extraordinaire, car il n’est certainement pas recommandé qu’une femme commune épouse un Ésaü pour le corriger ! Cependant, l’histoire de Dinah nous édifie sur le rôle gigantesque que joue chaque femme dans la formation des caractères des membres de sa maisonnée.

NOTES
1.Benjamin n’était pas encore né, mais Dinah aurait dû être comptée parmi les enfants de Jacob
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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jeudi 27 novembre 2014


Les «égarés» et les «éloignés»
par Menahem Brod

On raconte que le tsadik qu’on surnommait le Shpoler Zeïdé – le « Grand-Père de Shipoli » – adressa un jour au Tout-Puissant ce poignant appel : « Maître du monde ! Envoie la Délivrance et le Machia’h tant que le peuple juif l’attend et désire Ton dévoilement. Car si Tu ne le fais pas, un jour viendra où l’on n’attendra plus ni Toi, ni Ton Machia’h, et alors Tu seras bien obligé de l’envoyer. »
Cette déclaration à la fois virulente et incisive, que seul un tsadik comme leZeïdé pouvait oser, illustre une vérité remarquable : si le peuple juif ne mérite pas que la Délivrance intervienne plus tôt, dans des générations antérieures, celle-ci se fera alors dans une génération orpheline et défaillante sur le plan spirituel.
C’est également ce qui ressort des signes que les Sages du Talmud annoncent comme caractérisant la période prémessianique, dite du « Talon du Machia’h ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sera pas une période d’élévation spirituelle, de sainteté, de pureté, marquée par l’attachement à la Torah et aux qualités morales. Ce sera au contraire une période d’une bassesse jamais égalée, aussi bien sur le plan moral que sur le plan de la pratique du Judaïsme et de la connaissance de la Torah. Une époque d’arrogance, de rébellion contre les traditions ancestrales, de ternissement du prestige de la Torah et de ceux qui l’étudient,1 comme l’expriment nos Sages dans cette saisissante formule : « La face de la génération sera semblable à la face du chien. »

La majorité des gens sont « égarés »

On constate que tout cela décrit la réalité actuelle. Ainsi, à en juger par tous les signes qui se manifestent dans le monde, il est clair que le Machia’h est actuellement sur le point de venir, dans notre génération. Celle-ci n’est certes pas une génération de renégats déclarés contre la Torah, comme ce fut le cas de celle des « maskilim »2 ou de celle qui la suivit, mais une génération « d’enfants captifs ».3 Cependant, concrètement, elle reste une génération éloignée de son Créateur. Lorsque le Machia’h viendra et rassemblera les exilés d’Israël, la plupart des Juifs qu’il ramènera des quatre coins du monde appartiendront aux catégories des gens « égarés » et « éloignés ». Et c’est précisément dans une telle génération que se fera l’avènement messianique !
En vérité, ce scénario ne devrait pas constituer un motif d’étonnement, car il est clairement annoncé dans le verset : « En ce jour résonnera le Grand Chofar ; alors arriveront ceux qui étaient égarés dans le pays d'Achour, et ceux qui étaient éloignés dans la terre d'Égypte, et ils se prosterneront devant l'Éternel, sur la montagne sainte, à Jérusalem. »4 C’est donc ainsi que se définit l’avènement du Machia’h : il apparaîtra précisément dans une réalité où la masse des Juifs sera constituée de « égarés » et d’« éloignés », il les rassemblera et les amènera se prosterner devant l’Éternel.

Un espace vide

Bien évidemment, ceci n’est pas fortuit, mais correspond à un dessein profond.
Dans son ouvrage Netsa’h Israël,5 le Maharal de Prague explique qu’une situation nouvelle peut apparaître de deux manières : elle peut surgir du sein même de la situation antérieure, celle-ci se modifiant progressivement pour donner lieu à la nouvelle situation ; mais lorsqu’il s’agit de donner lieu à une réalité fondamentalement nouvelle, celle-ci ne peut se baser sur la situation qui prévalait auparavant. Il est donc nécessaire qu’intervienne un processus de « disparition de la réalité antérieure », c’est-à-dire que la situation précédente périclite et donne lieu à un « espace vide », dans lequel surgira la nouvelle réalité.
Il en est de même concernant l’avènement messianique : étant une réalité intrinsèquement nouvelle, il n’est pas possible d’y parvenir par un processus graduel qui viendrait modifier la réalité antérieure petit à petit. Ce n’est qu’à travers une déchéance considérable, détruisant l’état précédent et créant un vide, que survient la Délivrance messianique qui remplit alors ce vide.

La qualité du pauvre

Le Rabbi de Loubavitch ajoute à cela un éclairage supplémentaire,6 basé sur l’enseignement du Baal Chem Tov sur le verset des Psaumes « Prière d’un pauvre qui se sent défaillir et répand sa plainte devant l’Éternel »7 Le Baal Chem Tov enseigne que la prière d’un pauvre possède une qualité particulière qui est que, du fait qu’elle émane d’un cœur brisé, elle est une demande de se trouver « devant l’Éternel », d’être attaché à D.ieu, et se trouve de ce fait d’autant plus agréée. Une autre qualité du pauvre est que sa joie est encore plus grande lorsqu’il voit sa prière exaucée, du fait de l’ampleur du manque dont il souffrait précédemment.
Ceci permet de comprendre que c’est grâce aux « égarés » et aux « éloignés » que la révélation messianique sera si importante. Car lorsque des Juifs proches de D.ieu et de la Torah prient pour la révélation de la royauté divine, ils ont en tête des éléments partiels, tels que pouvoir avoir plus de ferveur dans la prière, plus d’enthousiasme dans l’étude de la Torah, plus d’attachement à D.ieu dans l’accomplissement des commandements, etc. En revanche, lorsque le « GrandChofar » du Machia’h réveillera l’âme des « égarés » et des « éloignés », ils ne demanderont pas d’atteindre tel ou tel « niveau », mais ils réclameront D.ieu Lui-même : C’est afin d’être « devant l’éternel » qu’ils « répandront leur plainte ». C’est justement parce qu’ils se trouvent dans la plus grande « étroitesse » qu’ils susciteront la plus grande mesure de « largesse » dans la révélation divine.8
Et qu’en sera-t-il des Juifs qui servent D.ieu ? Le Rabbi explique qu’ils peuvent aussi mériter la révélation du Grand Chofar à travers le sentiment d’être « égarés » et « éloignés » de la grandeur infinie de D.ieu. Une telle humilité constitue le réceptacle adéquat pour recevoir l’incommensurable révélation messianique.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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Affronter le monde

La leçon de Jacob

par Tali Loewenthal

Un défi qui se présente à chacun d’entre nous en particulier, ainsi qu’au peuple juif dans son ensemble est la nécessité de garder l’équilibre entre la dimension spirituelle de la vie et les activités mondaines et matérielles. Il y a, d’une part, la prière, l’étude de la Torah, les mitsvot spirituelles comme d’allumer les bougies de Chabbat et une approche contemplative de la vie. Et, d’autre part, il y a la routine de la vie, les besoins matériels et d’autres aspects concrets de la vie au quotidien.
Une autre version de cette division est celle entre le peuple Juif et les nations du monde. Celle-ci représente également un équilibre délicat à atteindre. D’une part, nous avons le besoin de préserver notre identité juive et la nature particulière de nos valeurs et de notre culture, mais nous avons également l’espoir de jouer un rôle utile dans la société en général.
Un passage de la paracha de cette semaine, Vayétsé,1 nous aide à comprendre la subtilité de ces relations. Jacob vivait dans la maison de son oncle idolâtre, Laban. Il avait épousé ses deux filles et travaillait pour lui comme berger. Et pourtant, à chaque étape, Laban essayait de le tromper. C’est ainsi que Jacob et ses femmes décidèrent de s’enfuir.
Laban et ses hommes poursuivirent Jacob. Quand ils les rattrapèrent, ils convinrent d’instituer entre eux une frontière nette et érigèrent un monticule de pierres pour en marquer la limite.2 Le territoire de Laban s’étendrait à l’est de ce monticule et celui de Jacob, à l’ouest. Ils déclarèrent que ni eux, ni leurs descendants ne traverseraient jamais cette frontière pour faire la guerre. Rachi commente : mais ils peuvent le traverser pour des affaires commerciales.3
Dans les enseignements de la ‘Hassidout, la frontière entre Laban et Jacob est perçue comme la division entre le sacré et le profane. Cette distinction est importante. Il faut savoir clairement ce qui représente la dimension juive de la sainteté et ce qui ne la représente pas.
Pourtant, il y a ici une subtilité. Le mot hébreu pour « monticule de pierres » estgal. Mais ce mot signifie également « révéler ». Il y a une frontière, mais, parfois, précautionneusement, on traverse la frontière. Le but en est de révéler et établir la sainteté dans un domaine qui jusque là était resté ordinaire, profane, laïque.
Comment est-ce possible ? Par le biais des mitsvot de la Torah, qui impliquent le monde concret mais le relient avec la Divinité infinie. On gagne de l’argent – ce qui constitue assurément une activité terrestre et matérielle. Mais de cet argent gagné, on consacre une partie à la charité. C’est une mitsva qui relève du plus grand niveau de sainteté. À travers elle, tout l’argent que l’on gagne s’élève et est connecté avec le divin.
Les lois de la Torah nous aident à comprendre de quel côté de la pile de pierres nous devons être. Il en est de même pour les enseignements de la Torah, en particulier ceux qui en expriment la dimension spirituelle et profonde. Ainsi le mot gal, « un monticule de pierres » possède également la valeur numérique de 33, ce qui fait allusion au 33ème jour du Omer, l’anniversaire de la disparition de Rabbi Chimon bar Yo’haï, le fameux auteur du Zohar, le livre de base de l’aspect kabbaliste du Judaïsme.
La connaissance des enseignements de la Torah et tout particulièrement de leurs aspects les plus profonds, nous aide dans notre cheminement dans la vie, nous apportant un sens de l’équilibre. L’on sait quand il faut aller de l’avant et quand il faut reculer ; quand Jacob doit rester dans son propre territoire et quand il doit avancer vers celui de Laban et révéler ainsi la sainteté et le bien latents et cachés dans toute existence.4
Car c’est là la véritable tâche de chaque Juif...

NOTES
1.Genèse 28,10 - 32,3.
2.Voir Genèse 31,46-53.
3.Rachi sur 31,52.
4.Librement adapté du Likoutei Si’hot du Rabbi de Loubavitch, vol. 3 p. 794, et du Sefer HaMaamarim Melukat, p.271-8.

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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mercredi 26 novembre 2014


Une génération entièrement méritante

Comment être digne de la délivrance messianique?

par Menahem Brod


L’une des plus célèbres citations talmudiques au sujet de la Délivrance est celle de Rabbi Yo’hanan dans le traité Sanhédrine (98a) : « Le fils de David ne viendra que dans une génération totalement méritante ou totalement coupable. » Le sens simple de ces mots est que le Machia’h viendra dans l’une ou l’autre de ces situations extrêmes : soit quand le bien atteindra son apogée, soit que le mal sera à son comble.
Ceci nécessite néanmoins une explication. Nous savons, en effet, que le mal ne disparaîtra de ce monde qu’après la délivrance messianique, lorsque s’accomplira la prophétie « J’effacerai l’esprit du mal de la surface de la Terre. »1 Comment, dès lors, peut-on envisager qu’une génération soit « totalement méritante » ? D’un autre côté, comment serait-il possible qu’une génération soit « totalement coupable » ? Pourrait-on concevoir une époque où plus aucun Juif n’étudierait la Torah et n’accomplirait de Mitsvot ?

Séparer le bien du mal

Le Maharcha explique dans son commentaire sur le Talmud que ces deux éventualités correspondent à deux scénarios possibles de la Délivrance précédemment évoqués dans le même traité (97b). Rabbi Eliézer dit : « Si Israël fait téchouva (se repent), il sera délivré. » C’est le scénario de « totalement méritant » : le peuple juif, faisant de lui-même téchouva devient méritant et est immédiatement délivré. Rabbi Yéhochoua dit que si le peuple juif ne fait pas Téchouva de lui-même « D.ieu leur enverra un roi dont les décrets seront durs, comme Haman, et Israël fera téchouva. » C’est le scénario de « totalement coupable », dans lequel le peuple juif est en lui-même au plus bas, et D.ieu le force à revenir vers Lui et être ainsi digne d’être délivré.
Le Maharal de Prague2 explique de façon plus approfondie les paroles de Rabbi Yo’hanan : La venue de Machia’h constituera une existence et une perfection nouvelles dans ce monde. Pour cette raison, elle ne peut se faire quand le monde mène son existence habituelle, mais seulement dans l’un de ces deux cas : soit que la génération est « totalement méritante », étant parvenue au sommet de la perfection humaine et se retrouve donc prête au dévoilement divin de la Rédemption. Soit qu’elle est « totalement coupable », étant tombée au plus bas niveau de la condition humaine, ce qui permet de « construire sur un terrain dégagé » le monde nouveau de l’ère messianique.
La ‘Hassidout explique que la rédemption se fait lorsque la tâche d’extraire le bien du mal est terminée.3 Nous avons en effet pour mission de séparer le mal du bien auquel il s’est mélangé et d’établir des limites claires entre eux. Tant que le bien et le mal sont mélangés l’un dans l’autre, la Délivrance ne peut se faire. Elle adviendra dans l’un des deux cas : soit le bien repoussera totalement le mal (« totalement méritante »), soit le mal surmontera le bien et le dominera (« totalement coupable ») et D.ieu l’anéantira alors.

Les signes de la Délivrance

Cependant, si la génération est « totalement coupable », par quel mérite viendrait la Délivrance ? Le Talmud répond à cela par le verset suivant : « Et Il a vu qu’il n’y avait pas d’homme, Il a constaté avec stupeur que nul n’intervenait ; alors c’est Son bras qui vint à son secours… »4 C’est-à-dire que lorsque D.ieu constatera que le peuple juif n’a pas de mérite propre, Il le délivrera de Lui-même.
Dans son commentaire sur ce verset, le Radak explique que cette situation n’aura lieu qu’au début du processus de la Délivrance. Il peut arriver que « le peuple ne fasse pas téchouva avant d’avoir vu le début de la Délivrance », mais lorsque les Juifs auront vu les signes de la Délivrance « la majorité d’entre eux feront Téchouva », dit le Radak. Il précise également qu’il ne saurait y avoir de génération « totalement coupable » : « Il est impossible qu’il ne se trouve dans le peuple juif des personnes justes et bonnes qui seront dignes de la Délivrance. » D’après lui, la qualification de « totalement coupable » se réfère seulement à la génération dans son ensemble et n’implique pas que tous soient déméritants.
Plusieurs Tsadikim de la génération précédente ont déclaré qu’ils ne laisseraient jamais se développer une situation où la génération serait « totalement coupable ». Cependant, cela implique de faire en sorte qu’elle soit « totalement méritante ». Comment est-ce envisageable dans la situation actuelle marquée par l’assimilation, etc ? Il ressort toutefois que c’est précisément parce que nous sommes une génération orpheline connaissant tant de difficultés et d’épreuves, celle dite du « talon du Machia’h », qu’il est plus facile de la considérer comme « totalement méritante ». Ainsi écrivait le Rav de Chinava :
« Aujourd’hui, dans le “talon du Machia’h”, alors que s’est accomplie la prédiction des Sages selon laquelle “la sagesse des scribes sera corrompue et ceux qui craignent la faute seront méprisés par la foule”… notre étude et notre prière sont encore plus appréciées par D.ieu que celles des premières générations. »5

NOTES
1.Zacharie 13, 2.
2.Netsa’h Israël chap. 39.
3.Maamarim Haktsarim de l’Admour Hazakène, p. 403 ; Al tatser ete Moav de l’Admour Haemtsaï, p. 42.
4.Isaïe 59, 16.
5.Divrei Yé’hezkel al haTorah, traité Roch Hachana, p. 17.

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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