Machia'h arrive, le saviez-vous?
En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil

mercredi 26 novembre 2014


Quelque part entre spiritualité et religion

Se trouve la vérité

par Yanki Tauber


La plupart d’entre nous, en ce début de siècle spirituel, revendiquent un « côté spirituel », un « côté religieux », ou quelque autre façon de désigner cette partie de nous en contact avec Quelque Chose de Supérieur. Donc la question n’est pas vraiment si oui ou non nous l’avons, mais de quoi il s’agit exactement. Cela relève-t-il du développement personnel, au même titre, disons, qu’un cours de menuiserie ou d’une séance de thérapie ? Est-ce un devoir, comme d’obéir à la loi du pays ou d’aller travailler le matin ? Ou est-ce tout simplement qui vous êtes ?
Le Talmud, s’attaquant à cette question il y a plus de 1500 ans, la formule en ces termes : comment qualifiez-vous la place que D.ieu occupe dans votre vie, « une montagne », « un champ » ou « une maison » ?
C’était, pour chacun des trois pères fondateurs du peuple juif, l’une ou l’autre de ces choses. Il y a un endroit – le Mont du Temple à Jérusalem – que la Torah considère comme le point focal de la présence de D.ieu dans notre monde. Quand Abraham s’y trouva, ce lieu fut appelé « la montagne de la révélation de D.ieu ». Pour Isaac, l’endroit était « un champ ». Jacob y a passé une nuit et l’a proclamé « la maison de D.ieu ».
Les Kabbalistes résument ainsi la vie des trois Patriarches : Abraham était l’incarnation de l’amour, Isaac personnifiait la crainte et Jacob était l’essence de la vérité.
Le problème avec l’amour, c’est qu’il peut aller trop loin, pesant sur la frontière entre soi et autrui au point de devenir étouffant et décadent. Abraham était la perfection de l’amour, mais son fils Ismaël était un exemple d’amour débridé. Le problème avec l’humilité, l’engagement et l’autodiscipline, c’est qu’ils peuvent se figer en cruauté. Ésaü est un exemple de corruption de l’esprit d’Isaac.
La vérité, d’un autre côté, est-ce qu’elle est, non pas parce qu’elle recherche quelque chose ou parce qu’elle fuit quelque chose. La vérité, c’est l’amour qui respecte les frontières ; la vérité, c’est l’engagement tempéré par la compassion. La vérité n’est pas une montagne, un morceau de terre distendu qui essaie d’être le ciel, non plus qu’un champ, s’aplatissant au sol pour se soumettre à la charrue et à la bêche. La vérité est une maison : un lieu qui abrite la vie, qui subvient à ses besoins et lui permet d’être elle-même.
Bien sûr, la maison ne peut pas exister sans la montagne et le champ. La vérité sans passion est morte ; la vérité sans engagement est sans assise. Pour devenir nous-mêmes, nous devons gravir nos montagnes et travailler nos champs. Mais nous devons nous rappeler que la vie réellement vécue n’est pas affaire d’atteindre quelque chose ou de se soumettre à quelque chose, mais d’habiter nos réalisations et nos engagements. Ou, comme l’exprime le Midrache : de faire du monde une demeure pour D.ieu.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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mardi 25 novembre 2014


La conception de l’éducation juive de Laban

« Les enfants sont à moi ! »

par Naftali Silberberg

Après que Jacob et sa famille aient fui de chez Laban, celui-ci se lança à leur poursuite et les rejoignit au mont Guilad. « Les filles sont mes filles et les fils sont mes fils », clama-t-il. « Comment agirais-je contre mes filles, ou contre les fils qu'elles ont enfantés ? »1
La Torah possède plusieurs niveaux de sens, ainsi des énoncés qui peuvent apparaître comme simples ont également une signification profonde. Les paroles de Laban à Jacob contenaient un message plus profond et bien plus sinistre. Jacob était alors un vieux Juif, âgé de près de cent ans. Il avait été éduqué auprès d’Abraham et d’Isaac et avait passé la plus grande partie de sa vie dans les « tentes de l’étude ». Il était le prototype du vieux Juif à la barbe blanche de l’Ancien Monde. Laban représentait tout à fait l’opposé : un homme d’affaires malin et avisé, ayant passé toute sa vie à courir après le profit. Lorsque Laban vit que Jacob avait l’intention d’éduquer ses enfants dans les voies d’Abraham et d’Isaac, il se drapa dans ses habits de grand-père concerné pour donner son avis à son gendre.
Jacob était le prototype du vieux Juif à la barbe blanche de l’Ancien Monde. Laban était un homme d’affaires malin et avisé« Ton mode de vie était bien pour la “vieille génération”, mais les enfantssont à moi. La nouvelle génération doit être correctement éduquée pour réussir dans la vie professionnelle, sans perdre de temps à étudier une loi et une philosophie qui ne les aidera pas à gagner le moindre sou. »
Jacob, en revanche, estimait que le sens des affaires à lui tout seul ne constitue pas la clé du succès. Certes, la Torah dit que « D.ieu te bénira dans toutes tes entreprises »,2 ce qui veut dire que D.ieu nous demande de travailler et non d’attendre que la manne tombe du ciel, mais ce travail n’est rien d’autre que le canal à travers lequel nous parviennent les bénédictions divines. C’est le renforcement de notre connexion avec D.ieu à travers l’étude de la Torah et l’observance des mistvot qui accroît le flux de bénédictions. Si les canalisations ne sont pas reliées à une source d’eau, ce n’est pas le fait d’agrandir leur diamètre qui va arranger le problème !
La véritable éducation juive inculque aux enfants cette notion vitale. Cela leur donne la force d’entrer dans le monde sans en être intimidés, car celui-ci n’est qu’un instrument divin pour nous apporter la subsistance que D.ieu nous a déjà attribuée.3
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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L’annonce de l’exil et de la délivrance

L’alliance "entre les morceaux"

par Menahem Brod

L’histoire de l’exil du peuple juif prend sa source dans un évènement clé de notre histoire : l’alliance éternelle passée entrer D.ieu et Abraham, dénomméeBrit bein habetarim« l’Alliance entre les morceaux ». C’est alors que D.ieu annonça à Abraham :
« Sache que ta descendance séjournera dans une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée… »
(Genèse 15,13)
Les Sages expliquent dans le Midrache que ces mots, outre l’exil d’Égypte, font allusion à tous les exils que le peuple d’Israël subira dans son histoire, jusqu’à la Délivrance messianique.
Ces exils (excepté le premier qui en est l’origine) se répartissent de façon générale en quatre : Babylone, les Mèdes (Perse), la Grèce et Edom (Rome et ses successeurs). Les Sages ont enseigné qu’il est fait référence à ces quatre exils dans le verset : « … et une angoisse sombre et intense tomba sur lui »(Genèse 15, 12) :
  • « Une angoisse » : c’est Babel (Babylone),
  • « sombre » : c’est la Perse,
  • « intense » : c’est la Grèce,
  • « tomba sur lui » : c’est Edom.
Dans le Midrache Pirkei déRabbi Eliézer, l’épisode de « l’alliance entre les morceaux » est largement commenté (avec certaines différences). D.ieu dit à Abraham « Prépare-moi une génisse âgée de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe » (Genèse 15, 9). Ce Midrache raconte que les exils du peuple juif furent représentés par les animaux qu’Abraham découpa :
  • « Une génisse de trois ans », c’est le royaume d’Edom…
  • « Une chèvre de trois ans », c’est le royaume de Grèce…
  • « Un bélier de trois ans », c’est le royaume des Mèdes et des Perses…
  • « Une tourterelle », c’est la descendance d’Ichmaël (Ismaël). »
Il y est expliqué qu’Abraham découpa ces animaux afin d’affaiblir la puissance de ces royaumes : « Si Abraham n’avait pas découpé les animaux, le monde n’aurait pas tenu devant ces nations. Dès qu’il les a découpés, leur puissance a diminué. »

La germination de la Délivrance

Dans la suite du Pirkei déRabbi Eliézer, il est expliqué que « la colombe » fait référence au peuple juif et c’est pour cela qu’Abraham ne l’a pas découpée et « les oiseaux de proie » symbolisent le Machia’h, le Messie (verset 11 : « Les oiseaux de proie s’abattirent sur les corps et Abraham les mis en fuite. ») :
« Les oiseaux de proie s’abattirent sur eux » pour les faire disparaître du monde… Il s’agit du rejeton de David… Et Abraham se dressait et agitait des foulards afin que les oiseaux de proie ne les prennent pas avant le soir. »
Cet épisode est fort surprenant : premièrement, pourquoi lorsque D.ieu conclut une alliance éternelle d’amour et d’attachement avec Abraham lui annonce-t-Il de telles mauvaises nouvelles, à savoir que sa descendance connaîtra quatre exils ? Deuxièmement, si les oiseaux de proie symbolisaient le Machia’h, pourquoi donc Abraham s’est-il dressé contre eux et a « agité des foulards » pour les faire fuir ? Se pourrait-il qu’il ait voulu empêcher la Délivrance ?
Le Rabbi de Loubavitch explique que tout ceci exprime la nature profonde de l’exil.1 L’exil n’est pas seulement un châtiment ou un décret divin : c’est le creuset au sein duquel la Délivrance prend forme. Les évènements miraculeux de l’ère messianique annoncés par les Prophéties ne pourront exister que grâce à l’exil. L’unique raison de l’exil est de donner lieu à la Délivrance et c’est pour cela que, précisément au moment du passage de l’alliance, D.ieu annonce à Abraham qu’il y aura un exil, duquel sortira la lumière éclatante de laGuéoula, la Délivrance messianique.

Une Délivrance « mûre »

Rabbi Its’hak Abrabanel2 divise l’exil en trois périodes : la première, durant laquelle la Délivrance ne peut pas encore venir. La seconde, pendant laquelle la délivrance peut intervenir, mais, la situation n’étant pas parvenue à maturité, elle n’amènera pas la plénitude et la perfection qui nous sont promises. La troisième, lors de laquelle tout est prêt pour la Délivrance et il ne manque que son déclenchement effectif.
D’après cet ordre des choses, Abrabanel explique le sujet des « oiseaux de proie » : l’épisode de « l’alliance entre les morceaux » a commencé la nuit, s’est poursuivi le jour pour se terminer le soir. La nuit, les oiseaux de proie ne se sont pas montrés du tout, car la nuit représentait la période durant laquelle « le descendant de David ne peut pas venir, car c’est la mesure nécessaire de l’exil. » Mais « dès lors que le soleil s’était levé et que les oiseaux de proie pouvaient venir, Abraham a dû agiter des foulards jusqu’au soir, pour que ce dernier marque la fin de l’exil. » Ceci parce que si la Délivrance était venue avant son temps, elle n’aurait pas amené « la grande vengeance contre les ennemis et les hauts faits de Délivrance qu’ont annoncés les Prophètes. »
C’est pour cela qu’Abraham s’est dressé et a agité des « foulards », en hébreu « soudarim ». Ceci est relié à la notion de « seder », « l’ordre » : que les choses se déroulent dans l’ordre qui a été prévu pour elles, jusqu’à ce que vienne « le soir », qui est le moment de la Délivrance complète. Et ce « soir » est déjà arrivé !
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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lundi 24 novembre 2014


En exil à Jérusalem ?
par Menahem Brod

De nos jours, des Juifs vivent à Jérusalem, dont le développement s’étend jour après jour, et pourtant ils prient D-ieu de les sortir de l'exil et de les conduire à la Délivrance. N'y a-t-il pas ici une incohérence flagrante ? En outre, les Juifs sont désormais libres d'agir comme ils le souhaitent. Alors en quoi consiste donc cet "exil" ?
Le Judaïsme – et en particulier la 'Hassidout – confère à la notion d’exil une signification bien plus profonde que son acception commune. D'après cette perception, nous sommes bel et bien dans un exil difficile et affligeant et avons urgemment besoin de la Délivrance.
Comme dans un rêve
Dans cette optique, l'exil se définit comme étant la désorganisation des valeurs. C’est lorsque ce qui est intrinsèquement élevé ne trouve pas sa place au sommet et lorsque ce qui est vil et bas est en position dominante. L'exil désigne une situation anormale, contre nature, du point de vue de la vérité.
Il est évident que l'exil du Peuple Juif de sa terre est inclus dans cette définition. L'état naturel du Juif est de se trouver chez lui, sur la terre d'Israël. Lorsqu'il se trouve à l'extérieur de sa terre et que, dans celle-ci, un peuple étranger domine, c'est évidemment l'exil, une situation anormale et aberrante. Cependant, la déportation physique du Peuple d'Israël de sa terre n'est qu'une composante de l'exil, l'expression géographique d'un exil intérieur plus important encore. 
En premier lieu, l'exil est celui de D-ieu Lui-même. En effet, Celui-ci subit ce qui est dénommé "Galout Hachekhina", l'exil de la Présence Divine. De ce point de vue, l'absurdité et l'aberration de la situation sont flagrantes. Car même si "la terre est remplie de Sa gloire" et que la réalité du monde ne doit sa vitalité qu'à la force divine qui l'anime, cette vérité reste dissimulée et invisible. Seul le monde physique et matériel s'offre à nos yeux alors qu'il nous est impossible de percevoir cette force divine pourtant omniprésente. D-ieu n'est pas dévoilé – il est donc en "exil" et sa "place" dans le dévoilement, dans la vérité, est "occupée", "usurpée" par l'apparence matérielle de l'univers.
Un autre exil est celui de l'âme. L'âme est d'un niveau incommensurablement plus haut que celui du corps (la meilleure preuve en est que l'âme est immortelle alors que le corps retourne à la poussière dès que l’âme l’a quitté). Si l’état normal et naturel de l'âme est de gouverner le corps, chez la majorité d’entre nous, cependant, c’est l’inverse qui se passe : la plupart du temps, ce sont le corps et ses pulsions qui nous accaparent. Lorsque la Torah et le service divin ne sont pas vécues et ressenties comme étant l’essentiel de la vie et quand les sujets du corps ont la préséance sur les besoins de l’âme, c’est là l’exil de l’âme.
L’exil est comparé au sommeil et au rêve. Le rêve illustre bien la notion d’exil car il est, lui aussi, le théâtre d’évènements perçus alors comme acceptables, mais qui mettent pourtant en scène des faits anormaux, qui ne sauraient être envisagés dans la réalité. Dans un rêve, en effet, se retrouvent associés des faits qui peuvent exister dans la vie réelle mais dont la juxtaposition est normalement impossible. Et ce qui fait la force du rêve, c’est le sentiment éprouvé par le rêveur que toute cette absurdité est bien réelle, et même qu’elle est parfaitement normale.
La vérité mise au jour
Le véritable exil inclus donc en lui la condition contre nature du monde, l’homme en général et du peuple juif et de la Présence Divine. C’est pour cette raison que nous demandons dans nos prières la Délivrance messianique qui mettra au jour aux yeux de toute l’Humanité la vérité de toute chose : la lumière divine qui crée le monde ne sera plus voilée, l’expression de l’âme divine ne sera plus entravée par les contingences du corps et le Peuple d’Israël retrouvera son véritable statut.
Lorsque cet exil général disparaîtra, le Peuple Juif sera alors naturellement rassemblé sur sa terre, le troisième temple sera reconstruit et la Présence Divine résidera à nouveau au sein d'Israël, avec encore plus d'intensité qu'auparavant. Tant que ceci n'a pas eu lieu et que, au contraire, l'obscurité spirituelle garde toute sa force, nous sommes en exil et nous prions D-ieu trois fois par jour "Vété'hézéna eineinou bechouve'ha leTsion - Puissent nos yeux voir Ton retour à Sion".
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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Les moutons

Et vous, qui est votre berger?

Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch par Yanki Tauber

La paracha de cette semaine,Vayetsé (Genèse 28, 10 - 32, 3), est pleine à craquer de moutons : les moutons de Lavan et les moutons de Jacob, les moutons blancs, les moutons noirs, les moutons tachetés, les moutons mouchetés, les moutons avec des anneaux aux pieds. Jacob arrive à ‘Haran et la première chose qu'il rencontre ce sont plusieurs troupeaux de moutons rassemblés autour d’un puits scellé ; la deuxième chose qu'il voit, c'est sa future femme, Rachel – dont le nom signifie en hébreu « brebis » – gardant le troupeau de son père. Bientôt, Jacob devient lui-même berger, veillant à son troupeau de moutons, recevant un salaire en moutons, élève des moutons aux pelages spécifiques, rêvant de moutons, amassant une fortune grâce à ses moutons, et finalement reconduisant ses troupeaux en Terre Sainte où il présente à son frère Esaü un cadeau immense largement pourvu de... moutons.
Entre les troupeaux, nous lisons également les mariages de Jacob à Léa et Rachel et la naissance de onze de ses douze fils, les pères des douze tribus d’Israël. Que devons-nous donc apprendre du fait que la nation d’Israël fut fondée dans un environnement tellement peuplé de moutons ?

La première métaphore

« Je suis à mon Bien Aimé et mon Bien Aimé est à moi, celui qui [me] fait paître parmi les roses » (Cantique des Cantiques 2, 16).
La voix de ce verset, explique le Midrach Rabba, est celle de la communauté d’Israël, évoquant sa relation avec D.ieu. « Il est mon berger, comme il est écrit (Psaumes 80, 1) : ‘Berger d’Israël, écoute’ ; et je suis Son troupeau, comme il est écrit (Ezéchiel 34, 31) ‘Et toi, Mon troupeau, le troupeau de Mon pâturage’ » (Midrach Rabba sur ce verset).
Le même passage midrachique décrit également notre relation avec D.ieu en termes de celles d’un enfant avec son père, une sœur avec son frère, une fiancée avec son fiancé, un vignoble avec son gardien, entre autres. Chacune de ces métaphores exprime une facette différente de cette relation : le lien profond entre D.ieu et Israël, l’amour et l’affection, la protection de D.ieu pour nous, que nous sommes une source de joie pour Lui, etc.
Que représente la métaphore du troupeau et de son berger ? S'il s'agissait de souligner le fait que D.ieu pourvoit à nos besoins et nous protège, ou que nous Lui sommes soumis et dévoués, ces éléments existent également dans la relation entre un père et son enfant. Quel est l'aspect unique dans notre relation avec D.ieu qui ne peut s’exprimer qu'en nous décrivant comme Son troupeau de moutons ?
Le trait dominant d’un mouton est sa docilité et son obéissance. L’enfant obéit à son père, mais le fait parce qu’il apprécie la grandeur de son père ; le mouton n’obéit pour aucune raison, c’est simplement sa nature profonde qui le pousse à cette obéissance. C’est cet élément dans notre relation avec D.ieu que représente le mouton : une soumission inconditionnelle qui n’a pas ses racines dans notre compréhension de Sa grandeur et nos sentiments à Son égard (auquel cas elle serait définie par les limites de notre compréhension et de nos sentiments), mais dans la reconnaissance du fait que « je suis Son mouton ».
La nation juive fut fondée au milieu des moutons parce que notre abnégation et notre obéissance inconditionnelle à D.ieu sont les fondements de notre Judaïsme. Bien sûr, nous ne sommes pas seulement le troupeau de D.ieu, nous sommes également Ses enfants, Son épouse, Sa sœur et Son vignoble. Par le même biais, la Torah nous relate que lorsque Jacob quitta ‘Haran après vingt ans passés à être berger, sa richesse ne consistait pas seulement en moutons : « Il avait de nombreux moutons, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes ». Nous venons de lire que Lavan lui payait son salaire en moutons et que son troupeau se multipliait excessivement ; mais d’où lui venaient ses autres possessions ? Rachi explique qu'« il avait vendu ses moutons à un prix élevé et s’était acheté tout cela ». Spirituellement aussi, la « fortune » de Jacob ne consistait pas non plus uniquement en docilité et abnégation, mais incluait également sentiment et compréhension, courage et vigueur. Mais la source et la base de tout cela, c'était « ses moutons ».
Être un Juif signifie étudier la sagesse divine (qui nous est révélée dans Sa Torah), développer un amour passionné et une crainte révérencieuse pour D.ieu, enseigner Sa sagesse et mettre en pratique Sa volonté dans un monde souvent hostile, toutes choses qui requièrent l'utilisation optimale de nos capacités mentales et émotionnelles et toute notre détermination. Mais le fondement de tout, la base de laquelle tout découle et sur laquelle tout s'appuie, est notre simple engagement envers D.ieu – un engagement qui transcende la raison et l’émotion.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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dimanche 23 novembre 2014



Le Machia’h devra-t-il faire des miracles?
par Menahem Brod

Le Machia’h viendra-t-il au milieu de retentissants miracles qui bouleverseront le monde entier, ou bien son avènement est-il censé s’inscrire dans un « processus naturel » ?
Maïmonide mentionne les deux éventualités. Dans son Code de Loi,1il statue ainsi : « Qu’il ne te vienne pas à l’esprit que le Roi Machia’h devra opérer miracles et merveilles, changer quelque chose au monde ou ressusciter les morts, ou opérer des choses semblables. » D’un autre côté, dans l’Épître au Yémen2 il écrit : « Les signes et les prodiges qu’il accomplira seront la preuve de la vérité de son message et de sa lignée. »
Ces deux sources présentent respectivement le Machia’h de manières très différentes :
Dans le Michné Torah, le Machia’h est décrit comme un important leader qui fera revenir le peuple juif dans le chemin de la Torah, qui combattra les ennemis d’Israël, vaincra les peuples alentour, reconstruira le Temple et rassemblera les exilés d’Israël. C’est seulement après tout cela qu’il sera considéré comme étant le Machia’h avec certitude (« Machia’h vadaï »).
En revanche, dans l’Épître au Yémen, l’apparition du Machia’h est décrite comme un événement totalement surnaturel : un homme inconnu se présentera et accomplira toutes sortes de prodiges. Les nations, terrifiées, se soumettront à lui, acceptant toutes sur-le-champ sa royauté.

Deux éventualités

Puisque ces deux textes ont le même auteur (Maïmonide), il y a lieu de penser qu’il n’y a pas de contradiction entre elles3 et que ces deux descriptions se réfèrent à deux scénarios possibles de l’avènement messianique. Il est en effet certain que des miracles se produiront lors de l’ère messianique et que l’ordre naturel sera modifié. La question est de savoir si cela surviendra immédiatement, avec la venue du Machia’h, ou si ce sera plutôt dans un second temps, après un début qui semblera suivre le cours de la nature.
La chose dépend essentiellement du facteur déclencheur de la Délivrance4 : dans une situation où le peuple juif sera méritant, la Délivrance sera d’emblée surnaturelle, et si – à D.ieu ne plaise – le peuple juif devait être déméritant, les miracles et les prodiges n’interviendraient que dans une deuxième période.
Dans son livre de loi, Maïmonide s’emploie à donner une définition juridique stricte de l’avènement messianique et en évoque donc seulement les caractéristiques obligées. De ce point de vue, il n’est en effet pas obligatoire qu’il se produise des miracles. Il n’est donc pas requis de notre part d’attendre spécifiquement un événement surnaturel et soudain, car l’éventualité existe que le Machia’h se fera d’abord connaître comme un chef au sein du peuple juif, qui mènera une action au sein du peuple et dans le monde, et c’est seulement après qu’il aura construit le Temple et rassemblé les exilés que nous saurons pour sûr qu’il est le Machia’h.5
Toutefois dans l’Épître au Yémen qui fut écrite à des Juifs dont la foi et l’espérance en la délivrance messianique avaient besoin d’être ravivées, Maïmonide ne décrit pas la révélation messianique en termes minimalistes, mais telle que nous espérons qu’elle soit : nous serons méritants et Machia’h viendra soudainement, au sein d’une grande révélation divine. Il accomplira des miracles et des prodiges et le monde acceptera immédiatement sa royauté.

Nous prions pour des miracles

On peut peut-être ajouter qu’une délivrance messianique sans miracles (à son début) peut survenir seulement au terme de toutes les étapes préliminaires décrites par nos Sages. Il doit en effet y avoir une période dite du « Talon du Machia’h », à laquelle s’ensuivront des changements dans le monde qui le prépareront à l’avènement messianique. Tant que ceci n’était pas arrivé, il n’était pas possible d’attendre une délivrance qui suive un cheminement « naturel ».
C’est pourquoi dans l’Épître au Yémen, qui fut écrite pour son époque, Maïmonide évoque une délivrance soudaine et miraculeuse, car c’est la seule manière dont elle pouvait survenir alors. Mais dans son œuvre législative, écrite pour toutes les générations à venir, Maïmonide se devait de considérer l’éventualité qu’il arrive un temps où tous les signes donnés par nos Sages se réaliseront et où le monde sera prêt à la venue du Machia’h sans miracles ni prodiges. C’est pourquoi il énonce uniquement les caractéristiques obligatoires du Machia’h, afin que nous puissions croire en lui dès son apparition, avant la seconde période qui sera celle des miracles et des changements radicaux de la conduite du monde.
Cependant, nous prions tous pour que Machia’h vienne au milieu de miracles et d’un grand dévoilement divin, qui rendront la délivrance plus aisée, plus rapide et plus merveilleuse.6
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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S’y étendre

Une nuit horizontale au milieu de 34 années verticales

par Yanki Tauber


La plupart des gens dotés d‘un cerveau seront d’accord avec l’idée qu’il est un instrument très utile. Mais tout le monde n’est pas unanime quant à la manière de s’en servir.
Certains diront : « j’utilise mon intelligence pour surmonter les défis matériels et physiques de la vie : pour faire marcher mes affaires, écrire une thèse, acheter une maison, construire un bateau… Ce sont des circonstances où la raison et la logique servent de guides sûrs. Mais quand il s’agit de ma vie intérieure, de ma vie spirituelle, de mes convictions religieuses, de mon amour pour ma famille, du temps que je consacre à la méditation et à la prière, tout cela ne peut être rationalisé ou pesé avec les normes de la logique. Ce sont des domaines où je m’abandonne à mon subconscient, à mes intuitions. »
D’autres empruntent une approche opposée : « Au contraire, avancent-ils, l’aspect spirituel de la vie est celui où les directives de la logique sont les plus nécessaires. Précisément à cause de sa spiritualité et de sa subtilité, c’est le domaine le plus apte à être corrompu. En ce qui concerne mes entreprises matérielles, je peux me permettre de laisser agir « le pilote automatique ». De plus, elles n’ont pas tant d’importance pour moi. Si tout ne marche pas exactement comme cela se devrait, ce n’est pas la fin du monde. Mais dans ma vie spirituelle, qui est plus importante pour moi, je ne veux pas me tromper. Dans ce domaine, je réfléchis à chaque action, chaque pensée et chaque sentiment et les soumet à l’outil le plus précieux que je possède : mon intellect. »
Qui a raison et qui a tort ? Selon un Midrach fascinant, évoquant les habitudes de sommeil de Yaakov, les deux opinions sont erronées.
Dans le vingt-huitième chapitre de Beréchit, nous lisons comment Yaakov, en voyage de la Terre Sainte vers ‘Haran, passa la nuit sur le Mont Moriah, « le Mont du Temple » :
« Il rencontra l’endroit, il y dormit, car le soleil s’était couché… et il s’étendit sur cet endroit. »
Comme nos Sages ne cessent de le répéter, la Torah ne contient pas un mot ou une lettre supplémentaire. Ainsi quel est donc le sens du passage, apparemment superflu : « et il s’étendit sur cet endroit » ? (la Torah nous a déjà dit : « il y dormit »). Quel message renferment ces mots ?
Le Midrach dit :
« Dans cet endroit il s’étendit, mais pendant les quatorze années où il avait été caché dans la maison de Eber, il ne s’était pas couché… Dans cet endroit, il s’étendit mais pendant les vingt années qu’il passa dans la maison de Lavan, il ne se coucha pas. »
« Cette nuit », la nuit que Yaakov passa dans le lieu le plus saint de la terre, était encadrée par la période de sa vie la plus intensément spirituelle et la période la plus intensément matérielle. Pendant les quatorze ans qui précédèrent cette nuit, Yaakov avait été reclus dans la maison de son Maître Eber (l’arrière arrière-petit-fils de Noa’h), dévouant chacun de ses instants à la poursuite de la sagesse divine. Et pendant les vingt années qui suivirent cette nuit, il allait travailler pour son oncle rusé, Lavan, s’occupant de ses troupeaux et amassant une fortune pour lui-même. Selon son propre témoignage, il se consacrait avec tant de dévotion à son travail qu’il affirme : « le sommeil avait fui mes yeux. » (Beréchit 31, 40)
Mais durant la nuit unique qui s’interposa entre ces deux périodes et les unit, Yaakov « s’étendit ».
Une personne qui se couche positionne sa tête et le reste de son corps au même niveau. Ainsi, abandonne-t-elle l’avantage suprême que possède l’homme sur tous les animaux, le fait que, chez l’être humain, la tête est située au-dessus du corps.
Parce que, comme l’enseignent les Maîtres de la ‘Hassidout, la position debout de l’homme est bien plus qu’un trait de son anatomie physique. Elle reflète plutôt une vérité plus profonde : dans l’être humain, l’esprit dirige le cœur, la tête est maîtresse du moi physique. Cela, écrit Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi dans le Tanya, est « la nature innée » de l’homme. Un individu qui se permet d’être contrôlé par ses émotions ou ses instincts est une personne qui a renoncé aux traits les plus importants de son humanité, à la primauté de l’homme sur l’animal.
Cela, insiste le Rabbi, est la signification profonde du commentaire du Midrach indiquant que Yaakov ne se coucha pas pendant les quatorze ans qu’il passa dans la maison de Eber, ni durant les vingt années où il fut employé par Lavan. Yaakov nous indique que la loi selon laquelle « l’esprit dirige le cœur » s’applique à tous les domaines de la vie, de l’entreprise la plus spirituelle à l’occupation la plus matérielle.
Tous les domaines de la vie, certes, sauf quand vous êtes sur le Mont Moriah.
Parce qu’il existe également une vérité encore plus élevée. Une vérité qui transcende la matérialité et la spiritualité, une vérité qui surpasse à la fois l’esprit et l’instinct.
D.ieu n’est ni spirituel ni matériel. Il a créé les deux royaumes et est présent de la même façon dans les deux. Il nous fournit les moyens de nous relier à Sa vérité suprême dans les deux royaumes. La prière, par exemple, est un accès spirituel pour se lier à D.ieu alors que le don de charité en est un moyen matériel. Et Il nous a donné un guide, notre esprit rationnel, avec lequel nous pouvons naviguer dans ces deux domaines de la vie.
Mais nous avons aussi besoin d’être liés à une vérité divine suprême qui dépasse l’esprit et la matière. En fait, ce n’est que grâce à cette relation que nous sommes capables d’habiter deux mondes si différents et même de les incorporer tous les deux dans notre vie.
C’est la raison pour laquelle Yaakov devait passer cette nuit-là au Mont Moriah, site du Saint Temple, lieu de la Révélation divine à l’homme la plus profonde et de l’engagement ultime de l’homme dans son service divin : le lieu où la Vérité divine essentielle est manifeste. Ce n’est qu’une rencontre avec le « Mont Moriah » qui peut faire un pont entre « nos années chez Eber » et « nos années chez Lavan ». Ce n’est qu’une rencontre avec le Mont Moriah qui peut faire coexister nos entreprises spirituelles et nos poursuites matérielles, dans une même vie, qui peut aboutir à ce qu’elles résident ensemble et en harmonie, qu’elles se nourrissent mutuellement et imposent les mêmes exigences d’intégrité.
Mais au Mont Moriah il n’y a ni règles ni outil. Vous ne pouvez comprendre ni sentir, vous ne pouvez raisonner ni expérimenter. Vous ne pouvez que vous y abandonner. Vous ne pouvez que vous y étendre.
Nos expériences du Mont Moriah sont très rares. Pour Yaakov, une seule nuit suffit pour trente-quatre ans. Ce qui est important n’est pas combien de fois cette expérience se produit ni combien de temps elle dure mais plutôt que son influence imprègne tout ce que nous faisons.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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