Machia'h arrive, le saviez-vous?
En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil

lundi 24 novembre 2014


Les moutons

Et vous, qui est votre berger?

Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch par Yanki Tauber

La paracha de cette semaine,Vayetsé (Genèse 28, 10 - 32, 3), est pleine à craquer de moutons : les moutons de Lavan et les moutons de Jacob, les moutons blancs, les moutons noirs, les moutons tachetés, les moutons mouchetés, les moutons avec des anneaux aux pieds. Jacob arrive à ‘Haran et la première chose qu'il rencontre ce sont plusieurs troupeaux de moutons rassemblés autour d’un puits scellé ; la deuxième chose qu'il voit, c'est sa future femme, Rachel – dont le nom signifie en hébreu « brebis » – gardant le troupeau de son père. Bientôt, Jacob devient lui-même berger, veillant à son troupeau de moutons, recevant un salaire en moutons, élève des moutons aux pelages spécifiques, rêvant de moutons, amassant une fortune grâce à ses moutons, et finalement reconduisant ses troupeaux en Terre Sainte où il présente à son frère Esaü un cadeau immense largement pourvu de... moutons.
Entre les troupeaux, nous lisons également les mariages de Jacob à Léa et Rachel et la naissance de onze de ses douze fils, les pères des douze tribus d’Israël. Que devons-nous donc apprendre du fait que la nation d’Israël fut fondée dans un environnement tellement peuplé de moutons ?

La première métaphore

« Je suis à mon Bien Aimé et mon Bien Aimé est à moi, celui qui [me] fait paître parmi les roses » (Cantique des Cantiques 2, 16).
La voix de ce verset, explique le Midrach Rabba, est celle de la communauté d’Israël, évoquant sa relation avec D.ieu. « Il est mon berger, comme il est écrit (Psaumes 80, 1) : ‘Berger d’Israël, écoute’ ; et je suis Son troupeau, comme il est écrit (Ezéchiel 34, 31) ‘Et toi, Mon troupeau, le troupeau de Mon pâturage’ » (Midrach Rabba sur ce verset).
Le même passage midrachique décrit également notre relation avec D.ieu en termes de celles d’un enfant avec son père, une sœur avec son frère, une fiancée avec son fiancé, un vignoble avec son gardien, entre autres. Chacune de ces métaphores exprime une facette différente de cette relation : le lien profond entre D.ieu et Israël, l’amour et l’affection, la protection de D.ieu pour nous, que nous sommes une source de joie pour Lui, etc.
Que représente la métaphore du troupeau et de son berger ? S'il s'agissait de souligner le fait que D.ieu pourvoit à nos besoins et nous protège, ou que nous Lui sommes soumis et dévoués, ces éléments existent également dans la relation entre un père et son enfant. Quel est l'aspect unique dans notre relation avec D.ieu qui ne peut s’exprimer qu'en nous décrivant comme Son troupeau de moutons ?
Le trait dominant d’un mouton est sa docilité et son obéissance. L’enfant obéit à son père, mais le fait parce qu’il apprécie la grandeur de son père ; le mouton n’obéit pour aucune raison, c’est simplement sa nature profonde qui le pousse à cette obéissance. C’est cet élément dans notre relation avec D.ieu que représente le mouton : une soumission inconditionnelle qui n’a pas ses racines dans notre compréhension de Sa grandeur et nos sentiments à Son égard (auquel cas elle serait définie par les limites de notre compréhension et de nos sentiments), mais dans la reconnaissance du fait que « je suis Son mouton ».
La nation juive fut fondée au milieu des moutons parce que notre abnégation et notre obéissance inconditionnelle à D.ieu sont les fondements de notre Judaïsme. Bien sûr, nous ne sommes pas seulement le troupeau de D.ieu, nous sommes également Ses enfants, Son épouse, Sa sœur et Son vignoble. Par le même biais, la Torah nous relate que lorsque Jacob quitta ‘Haran après vingt ans passés à être berger, sa richesse ne consistait pas seulement en moutons : « Il avait de nombreux moutons, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes ». Nous venons de lire que Lavan lui payait son salaire en moutons et que son troupeau se multipliait excessivement ; mais d’où lui venaient ses autres possessions ? Rachi explique qu'« il avait vendu ses moutons à un prix élevé et s’était acheté tout cela ». Spirituellement aussi, la « fortune » de Jacob ne consistait pas non plus uniquement en docilité et abnégation, mais incluait également sentiment et compréhension, courage et vigueur. Mais la source et la base de tout cela, c'était « ses moutons ».
Être un Juif signifie étudier la sagesse divine (qui nous est révélée dans Sa Torah), développer un amour passionné et une crainte révérencieuse pour D.ieu, enseigner Sa sagesse et mettre en pratique Sa volonté dans un monde souvent hostile, toutes choses qui requièrent l'utilisation optimale de nos capacités mentales et émotionnelles et toute notre détermination. Mais le fondement de tout, la base de laquelle tout découle et sur laquelle tout s'appuie, est notre simple engagement envers D.ieu – un engagement qui transcende la raison et l’émotion.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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dimanche 23 novembre 2014



Le Machia’h devra-t-il faire des miracles?
par Menahem Brod

Le Machia’h viendra-t-il au milieu de retentissants miracles qui bouleverseront le monde entier, ou bien son avènement est-il censé s’inscrire dans un « processus naturel » ?
Maïmonide mentionne les deux éventualités. Dans son Code de Loi,1il statue ainsi : « Qu’il ne te vienne pas à l’esprit que le Roi Machia’h devra opérer miracles et merveilles, changer quelque chose au monde ou ressusciter les morts, ou opérer des choses semblables. » D’un autre côté, dans l’Épître au Yémen2 il écrit : « Les signes et les prodiges qu’il accomplira seront la preuve de la vérité de son message et de sa lignée. »
Ces deux sources présentent respectivement le Machia’h de manières très différentes :
Dans le Michné Torah, le Machia’h est décrit comme un important leader qui fera revenir le peuple juif dans le chemin de la Torah, qui combattra les ennemis d’Israël, vaincra les peuples alentour, reconstruira le Temple et rassemblera les exilés d’Israël. C’est seulement après tout cela qu’il sera considéré comme étant le Machia’h avec certitude (« Machia’h vadaï »).
En revanche, dans l’Épître au Yémen, l’apparition du Machia’h est décrite comme un événement totalement surnaturel : un homme inconnu se présentera et accomplira toutes sortes de prodiges. Les nations, terrifiées, se soumettront à lui, acceptant toutes sur-le-champ sa royauté.

Deux éventualités

Puisque ces deux textes ont le même auteur (Maïmonide), il y a lieu de penser qu’il n’y a pas de contradiction entre elles3 et que ces deux descriptions se réfèrent à deux scénarios possibles de l’avènement messianique. Il est en effet certain que des miracles se produiront lors de l’ère messianique et que l’ordre naturel sera modifié. La question est de savoir si cela surviendra immédiatement, avec la venue du Machia’h, ou si ce sera plutôt dans un second temps, après un début qui semblera suivre le cours de la nature.
La chose dépend essentiellement du facteur déclencheur de la Délivrance4 : dans une situation où le peuple juif sera méritant, la Délivrance sera d’emblée surnaturelle, et si – à D.ieu ne plaise – le peuple juif devait être déméritant, les miracles et les prodiges n’interviendraient que dans une deuxième période.
Dans son livre de loi, Maïmonide s’emploie à donner une définition juridique stricte de l’avènement messianique et en évoque donc seulement les caractéristiques obligées. De ce point de vue, il n’est en effet pas obligatoire qu’il se produise des miracles. Il n’est donc pas requis de notre part d’attendre spécifiquement un événement surnaturel et soudain, car l’éventualité existe que le Machia’h se fera d’abord connaître comme un chef au sein du peuple juif, qui mènera une action au sein du peuple et dans le monde, et c’est seulement après qu’il aura construit le Temple et rassemblé les exilés que nous saurons pour sûr qu’il est le Machia’h.5
Toutefois dans l’Épître au Yémen qui fut écrite à des Juifs dont la foi et l’espérance en la délivrance messianique avaient besoin d’être ravivées, Maïmonide ne décrit pas la révélation messianique en termes minimalistes, mais telle que nous espérons qu’elle soit : nous serons méritants et Machia’h viendra soudainement, au sein d’une grande révélation divine. Il accomplira des miracles et des prodiges et le monde acceptera immédiatement sa royauté.

Nous prions pour des miracles

On peut peut-être ajouter qu’une délivrance messianique sans miracles (à son début) peut survenir seulement au terme de toutes les étapes préliminaires décrites par nos Sages. Il doit en effet y avoir une période dite du « Talon du Machia’h », à laquelle s’ensuivront des changements dans le monde qui le prépareront à l’avènement messianique. Tant que ceci n’était pas arrivé, il n’était pas possible d’attendre une délivrance qui suive un cheminement « naturel ».
C’est pourquoi dans l’Épître au Yémen, qui fut écrite pour son époque, Maïmonide évoque une délivrance soudaine et miraculeuse, car c’est la seule manière dont elle pouvait survenir alors. Mais dans son œuvre législative, écrite pour toutes les générations à venir, Maïmonide se devait de considérer l’éventualité qu’il arrive un temps où tous les signes donnés par nos Sages se réaliseront et où le monde sera prêt à la venue du Machia’h sans miracles ni prodiges. C’est pourquoi il énonce uniquement les caractéristiques obligatoires du Machia’h, afin que nous puissions croire en lui dès son apparition, avant la seconde période qui sera celle des miracles et des changements radicaux de la conduite du monde.
Cependant, nous prions tous pour que Machia’h vienne au milieu de miracles et d’un grand dévoilement divin, qui rendront la délivrance plus aisée, plus rapide et plus merveilleuse.6
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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S’y étendre

Une nuit horizontale au milieu de 34 années verticales

par Yanki Tauber


La plupart des gens dotés d‘un cerveau seront d’accord avec l’idée qu’il est un instrument très utile. Mais tout le monde n’est pas unanime quant à la manière de s’en servir.
Certains diront : « j’utilise mon intelligence pour surmonter les défis matériels et physiques de la vie : pour faire marcher mes affaires, écrire une thèse, acheter une maison, construire un bateau… Ce sont des circonstances où la raison et la logique servent de guides sûrs. Mais quand il s’agit de ma vie intérieure, de ma vie spirituelle, de mes convictions religieuses, de mon amour pour ma famille, du temps que je consacre à la méditation et à la prière, tout cela ne peut être rationalisé ou pesé avec les normes de la logique. Ce sont des domaines où je m’abandonne à mon subconscient, à mes intuitions. »
D’autres empruntent une approche opposée : « Au contraire, avancent-ils, l’aspect spirituel de la vie est celui où les directives de la logique sont les plus nécessaires. Précisément à cause de sa spiritualité et de sa subtilité, c’est le domaine le plus apte à être corrompu. En ce qui concerne mes entreprises matérielles, je peux me permettre de laisser agir « le pilote automatique ». De plus, elles n’ont pas tant d’importance pour moi. Si tout ne marche pas exactement comme cela se devrait, ce n’est pas la fin du monde. Mais dans ma vie spirituelle, qui est plus importante pour moi, je ne veux pas me tromper. Dans ce domaine, je réfléchis à chaque action, chaque pensée et chaque sentiment et les soumet à l’outil le plus précieux que je possède : mon intellect. »
Qui a raison et qui a tort ? Selon un Midrach fascinant, évoquant les habitudes de sommeil de Yaakov, les deux opinions sont erronées.
Dans le vingt-huitième chapitre de Beréchit, nous lisons comment Yaakov, en voyage de la Terre Sainte vers ‘Haran, passa la nuit sur le Mont Moriah, « le Mont du Temple » :
« Il rencontra l’endroit, il y dormit, car le soleil s’était couché… et il s’étendit sur cet endroit. »
Comme nos Sages ne cessent de le répéter, la Torah ne contient pas un mot ou une lettre supplémentaire. Ainsi quel est donc le sens du passage, apparemment superflu : « et il s’étendit sur cet endroit » ? (la Torah nous a déjà dit : « il y dormit »). Quel message renferment ces mots ?
Le Midrach dit :
« Dans cet endroit il s’étendit, mais pendant les quatorze années où il avait été caché dans la maison de Eber, il ne s’était pas couché… Dans cet endroit, il s’étendit mais pendant les vingt années qu’il passa dans la maison de Lavan, il ne se coucha pas. »
« Cette nuit », la nuit que Yaakov passa dans le lieu le plus saint de la terre, était encadrée par la période de sa vie la plus intensément spirituelle et la période la plus intensément matérielle. Pendant les quatorze ans qui précédèrent cette nuit, Yaakov avait été reclus dans la maison de son Maître Eber (l’arrière arrière-petit-fils de Noa’h), dévouant chacun de ses instants à la poursuite de la sagesse divine. Et pendant les vingt années qui suivirent cette nuit, il allait travailler pour son oncle rusé, Lavan, s’occupant de ses troupeaux et amassant une fortune pour lui-même. Selon son propre témoignage, il se consacrait avec tant de dévotion à son travail qu’il affirme : « le sommeil avait fui mes yeux. » (Beréchit 31, 40)
Mais durant la nuit unique qui s’interposa entre ces deux périodes et les unit, Yaakov « s’étendit ».
Une personne qui se couche positionne sa tête et le reste de son corps au même niveau. Ainsi, abandonne-t-elle l’avantage suprême que possède l’homme sur tous les animaux, le fait que, chez l’être humain, la tête est située au-dessus du corps.
Parce que, comme l’enseignent les Maîtres de la ‘Hassidout, la position debout de l’homme est bien plus qu’un trait de son anatomie physique. Elle reflète plutôt une vérité plus profonde : dans l’être humain, l’esprit dirige le cœur, la tête est maîtresse du moi physique. Cela, écrit Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi dans le Tanya, est « la nature innée » de l’homme. Un individu qui se permet d’être contrôlé par ses émotions ou ses instincts est une personne qui a renoncé aux traits les plus importants de son humanité, à la primauté de l’homme sur l’animal.
Cela, insiste le Rabbi, est la signification profonde du commentaire du Midrach indiquant que Yaakov ne se coucha pas pendant les quatorze ans qu’il passa dans la maison de Eber, ni durant les vingt années où il fut employé par Lavan. Yaakov nous indique que la loi selon laquelle « l’esprit dirige le cœur » s’applique à tous les domaines de la vie, de l’entreprise la plus spirituelle à l’occupation la plus matérielle.
Tous les domaines de la vie, certes, sauf quand vous êtes sur le Mont Moriah.
Parce qu’il existe également une vérité encore plus élevée. Une vérité qui transcende la matérialité et la spiritualité, une vérité qui surpasse à la fois l’esprit et l’instinct.
D.ieu n’est ni spirituel ni matériel. Il a créé les deux royaumes et est présent de la même façon dans les deux. Il nous fournit les moyens de nous relier à Sa vérité suprême dans les deux royaumes. La prière, par exemple, est un accès spirituel pour se lier à D.ieu alors que le don de charité en est un moyen matériel. Et Il nous a donné un guide, notre esprit rationnel, avec lequel nous pouvons naviguer dans ces deux domaines de la vie.
Mais nous avons aussi besoin d’être liés à une vérité divine suprême qui dépasse l’esprit et la matière. En fait, ce n’est que grâce à cette relation que nous sommes capables d’habiter deux mondes si différents et même de les incorporer tous les deux dans notre vie.
C’est la raison pour laquelle Yaakov devait passer cette nuit-là au Mont Moriah, site du Saint Temple, lieu de la Révélation divine à l’homme la plus profonde et de l’engagement ultime de l’homme dans son service divin : le lieu où la Vérité divine essentielle est manifeste. Ce n’est qu’une rencontre avec le « Mont Moriah » qui peut faire un pont entre « nos années chez Eber » et « nos années chez Lavan ». Ce n’est qu’une rencontre avec le Mont Moriah qui peut faire coexister nos entreprises spirituelles et nos poursuites matérielles, dans une même vie, qui peut aboutir à ce qu’elles résident ensemble et en harmonie, qu’elles se nourrissent mutuellement et imposent les mêmes exigences d’intégrité.
Mais au Mont Moriah il n’y a ni règles ni outil. Vous ne pouvez comprendre ni sentir, vous ne pouvez raisonner ni expérimenter. Vous ne pouvez que vous y abandonner. Vous ne pouvez que vous y étendre.
Nos expériences du Mont Moriah sont très rares. Pour Yaakov, une seule nuit suffit pour trente-quatre ans. Ce qui est important n’est pas combien de fois cette expérience se produit ni combien de temps elle dure mais plutôt que son influence imprègne tout ce que nous faisons.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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jeudi 20 novembre 2014


Sur les épaules des géants

Pourquoi notre génération?

par Menahem Brod

Dans la perspective historique du Judaïsme, on trouve l’idée d’un affaiblissement progressif des générations : il y eut la génération des Patriarches, d’une extrême hauteur spirituelle ; celle qui sortit d’Égypte et reçut la Torah, certes moins élevée, mais néanmoins qualifiée de « génération de connaissance » ; il y eut ensuite la période des Prophètes qui s’acheva peu avant la destruction du Temple. Ce fut ensuite le temps desTannaïm, les Sages de la Michna, dont l’autorité juridique dépasse celle desAmoraïm, les Sages du Talmud, qui leur succédèrent. Il y eut ensuite lesGuéonim, recteurs des grandes académies talmudiques de Babylone, puis les décisionnaires médiévaux que l’on appelle les Richonim (« Premiers »), suivis des A’haronim (« Derniers »), jusqu’aux A’haronei haa’haronim (« Derniers parmi les Derniers »), chaque génération étant perçue comme inférieure à la précédente. De ce principe, il ressort que notre génération, dite du « Talon du Machia’h », est la plus basse de l’histoire.
Et cependant, c’est précisément cette génération orpheline qui est appelée à accueillir le Machia’h et à connaître les immenses bienfaits matériels et spirituels de l’ère messianique. Les Prophètes n’en ont pas mérité l’avènement, ni les Tannaïm, ni les Amoraïm, ni les Richonim et les A’haronim, ni toutes les illustres générations qui nous ont précédés et c’est nous, malgré notre insignifiance en comparaison à eux, qui allons le mériter. À ce sujet, le Talmud s’interroge : « une telle génération en est-elle digne ? »

Sur les épaules des géants

Plusieurs réponses ont été données à cette question :
1. Le nain sur les épaules du géant :
La situation est comparable au cas d’un nain juché sur les épaules d’un géant : il s’agit certes d’un nain, mais sa position lui confère une hauteur de vue qui lui permet de voir plus loin encore que le géant lui-même. Ainsi en est-il de notre génération : il s’agit d’une génération humble et pauvre, mais du fait qu’elle vient à la suite des géants spirituels qui l’ont précédé, elle est l’héritière de leur Torah et de leurs accomplissements, et c’est donc grâce à leurs forces qu’elle peut s’élever à un degré supérieur au leur.1
2. Le bien accumulé :
À mesure que les générations se succèdent, le bien accompli dans le monde s’accumule de manière considérable. C’est en effet la différence fondamentale entre le bien et le mal : le mal ne constitue pas une existence objective, et dès lors que le pécheur a reçu son châtiment, il ne reste pas de trace du mal ; le bien, en revanche, est éternel et s’accumule ainsi de génération en génération. Il en ressort que c’est précisément aujourd’hui que se trouve dans le monde la plus grande mesure de bien : le bien accumulé par tous ceux qui nous ont précédés.2
3. Il ne reste que les tâches simples :
Chaque génération s’est vue attribuer une mission particulière dans le plan divin. Les premières générations reçurent des tâches ardues et complexes, et furent ainsi dotées de forces colossales pour les mener à bien. Ils furent donc en mesure de révéler une immense mesure de sainteté dans le monde et mener ainsi à bien l’essentiel du combat contre l’obscurité de l’exil. Ainsi, après ce travail considérable, il ne reste que de « petites choses » à réaliser, des tâches « simples » (analogues à celle de débarrasser un chantier des détritus qui l’encombre une fois la construction achevée). Pour ce faire, il n’est pas besoin de géants de l’esprit ; des gens simples comme nous suffisent. Lorsque notre faible génération aura achevé le travail, le Machia’h viendra, non par notre mérite, mais par celui des puissantes générations qui nous ont précédés.3

Une génération de don de soi

Une autre approche considère à l’inverse que notre génération est dotée d’une qualité qui la rend supérieure aux précédentes : nous vivons en effet une période dans laquelle les esprits se sont atrophiés et la grandeur d’âme s’est raréfiée. Une époque obscure sur le plan spirituel, dans laquelle nous n’avons plus les repères que pouvaient constituer pour les générations passées les grands hommes qui vivaient alors, tandis que nous sommes confrontés à de si nombreuses perturbations concernant l’observance de la Torah et des Mitsvot, au premier rang desquelles la nécessité constante de « ne pas se laisser abattre par les moqueurs ».4 Et malgré ces difficultés, les Juifs observent avec abnégation la Torah et les Mitsvot ! Une telle génération mérite assurément de recevoir le Machia’h.5
Sur le verset « Or, cet homme, Moïse, était fort humble, plus qu'aucun homme qui fût sur la terre »6 il est expliqué dans l’enseignement ‘hassidique7 que pour l’essentiel, Moïse se sentait humble vis-à-vis de notre génération, la génération du « Talon du Machia’h ». Lorsque Moïse vit prophétiquement que celle-ci connaîtrait de si terribles malheurs matériels et spirituels et aurait à affronter tellement d’opposition et d’obscurité et, malgré cela, persévèrerait envers et contre tout dans son attachement à la Torah et aux Mitsvot, il fut pénétré d’un sentiment d’humilité devant elle. Paradoxalement, c’est précisément l’affaiblissement des générations qui est à l’origine de la qualité particulière de la nôtre.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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Les bénédictions volées
Les Maîtres 'hassidiques

L’histoire des bénédictions volées est souvent comprise comme une lutte entre les deux frères pour l’héritage d’Abraham et d’Isaac, dans laquelle Isaac choisit à tort Ésaü comme héritier légitime et où Rebecca, connaissant la vraie nature de son fils aîné, élabore un plan pour que Jacob se trouve au chevet d’Isaac au moment décisif.
Pourtant, une lecture plus attentive du récit de la Torah indique qu’Isaac était parfaitement conscient de la différence entre ses deux enfants. Jacob s’est presque trahi quand, lorsque son père l’interrogea sur la façon dont il avait réussi à trouver du gibier aussi rapidement, il répondit : « L’Éternel ton D.ieu a amené la chose à moi. » Isaac savait qu’Ésaü ne parlait pas de cette façon et il soupçonna immédiatement que le fils qui se tenait devant lui était Jacob plutôt qu’Ésaü.
De fait, lorsque nous parvenons à la fin du récit, il apparaît assez clairement qu’Isaac n’a jamais eu l’intention de léguer l’héritage spirituel d’Abraham – la promesse divine de faire de sa postérité une grande nation et de leur donner la Terre Sainte en héritage éternel – à Ésaü.
Quand Ésaü découvre que Jacob a reçu les bénédictions, il supplie Isaac : « Bénis-moi aussi, mon père ! » « Mais j’en ai fait ton maître, explique Isaac. Je lui ai donné [les bénédictions] du blé et du vin. Que puis-je à présent faire pour toi, mon fils ? » « N’as-tu donc qu’une seule bénédiction, mon père ? sanglote Ésaü. Bénis-moi, moi aussi, mon père ! » Finalement, Isaac bénit Ésaü que « De la graisse de la terre sera ta demeure, et de la rosée du ciel au-dessus » (la graisse de la terre et la rosée du ciel ayant eux-mêmes déjà été concédées à Jacob), et lui promet que si les descendants de Jacob fautent et deviennent indignes de leurs bénédictions, ils perdront leur domination sur les descendants d’Ésaü dans les affaires matérielles. C’est le mieux qu’il pouvait faire pour son fils aîné bien-aimé.
Mais dans le chapitre suivant, nous lisons comment Isaac appelle Jacob auprès de lui... et le bénit. « Puisse D.ieu Tout-Puissant te bénir, dit Isaac, te rendre fécond et te multiplier, et tu deviendras une nation nombreuse. Et puisse-t-Il t’accorder la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta postérité, afin que tu possèdes le pays de votre résidence, que D.ieu a donné à Abraham. » – des bénédictions qui n’avaient pas été incluses dans celles données à l’un ou l’autre de ses fils.
Ainsi, Isaac n’a jamais eu l’intention de faire d’Ésaü le père du peuple d’Israël. Il n’a jamais songé à lui léguer la Terre Sainte et ne l’a jamais considéré comme l’héritier de « la bénédiction d’Abraham ». Il y avait à la base deux bénédictions distinctes en Isaac (Ésaü semble avoir pressenti cela quand il s’écria : « N’as-tu donc qu’une seule bénédiction, mon père ? »), destinées à ses deux fils : Jacob devait recevoir l’héritage spirituel d’Abraham, tandis qu’Ésaü devait recevoir les bénédictions du monde matériel.
Isaac souhaitait que s’établisse un partenariat entre ses deux fils : Jacob l’érudit, détaché des choses de ce monde, se consacrerait à la quête spirituelle, tandis qu’Ésaü mettrait sa ruse et sa maîtrise des choses matérielles au service du développement constructif du monde, en soutien des saintes activités de Jacob et en harmonie avec elles.
Rebecca n’était pas d’accord : les deux mondes devaient être donnés à Jacob. Il ne peut pas y avoir « deux domaines », car le monde matériel ne doit pas être confié aux matérialistes. Seul celui qui est ancré dans la sagesse divine peut savoir comment faire bon usage du monde de D.ieu. Seul celui qui possède une vision spirituelle et un système de valeurs sera en mesure de maîtriser la réalité physique plutôt que d’être maîtrisé par elle.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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mercredi 19 novembre 2014


La Délivrance messianique: processus graduel ou révélation subite?
par Menahem Brod

Lorsque l’on se penche sur le thème de la Délivrance messianique tel qu’il est exposé dans les différentes sources de la tradition juive, on peut être de prime abord décontenancé par l’abondance de contradictions entre les différentes descriptions qui en sont faites.
Certains textes, par exemple, disent que la Délivrance sera le fait d’une révélation aussi soudaine que puissante, qui modifiera instantanément toute notre réalité.1D’autres sources, en revanche, décrivent l’avènement messianique comme un processus lent et prolongé, suscitant des doutes et des questionnements.2 Il est dit en un endroit que le Temple descendra du ciel sur Jérusalem, et ailleurs il est annoncé que c’est le Machia’h – un être humain – qui le construira, etc.
Toutefois, toutes ces apparentes contradictions se résolvent3 à la lumière d’un principe explicité dans le Talmud. Il est en effet écrit dans Isaïe (60, 22) :
« ...Moi l'Éternel, en son temps, Je la hâterai (la Délivrance). »
Ce que le Talmud4 explique ainsi :
Si le peuple juif est méritant, alors « Je la hâterai » ; s’il n’est pas méritant, elle se fera « en son temps »... S’il le peuple juif est méritant, le Machia’h viendra « au sein des nuages du ciel »5 ; s’il n’est pas méritant, il viendra « humble et monté sur un âne ».6
Ce qui signifie que la Délivrance peut se faire de deux manières radicalement différentes :
a. Dans le cas où nous sommes « méritants », non seulement intervient-elle avant son échéance ultime, mais son déroulement lui-même s’effectue comme une révélation surnaturelle subite, le Temple descend du ciel, etc.
b. Dans le scénario où nous n’aurions pas eu ce mérite, la Délivrance se fera « en son temps », au moment fixé par D.ieu, son déroulement sera habillé dans les voies de la nature et la construction du Temple (ou tout du moins le début de sa construction) sera une œuvre humaine.7

La délivrance « aujourd’hui »

La distinction entre ces deux scénarios est la clé qui permet de comprendre l’ensemble du sujet de la Délivrance messianique. Car, au-delà du fait que cela nous permet de comprendre une multitude de versets des Prophètes et de paroles de nos Sages qui semblent se contredire les uns les autres, c’est ce qui nous permet aussi de ne pas dévier de la foi juive en la matière.
En effet, un Juif qui étudie les sources talmudiques présentant la Délivrance comme un processus naturel, ainsi que les lois de Maïmonide qui décrivent la venue de Machia’h comme une succession d’étapes (« il amènera le peuple à servir D.ieu », « il livrera les guerres de D.ieu », « il vaincra », « il construira le Temple » puis « rassemblera les exilés »), pourrait avoir du mal à croire que la Délivrance puisse être immédiate, aujourd’hui, en cet instant même. L’idée d’une Rédemption messianique instantanée pourrait lui apparaître comme relevant du conte de fées.
D’un autre côté, celui qui se focaliserait exclusivement sur les sources annonçant une Délivrance soudaine et surnaturelle, avec un Temple qui descend du ciel, pourrait refuser de reconnaître le Machia’h si son avènement n’était pas d’emblée accompagné d’une grande révélation divine.
La foi en la venue du Machia’h attendue d’un Juif est précisément celle qui associe ces deux optiques : croire d’une part que la Délivrance puisse intervenir à chaque instant, bien que le Prophète Élie ne se soit pas encore manifesté,8que les différentes étapes préliminaires n’aient pas encore été accomplies et que les signes annonciateurs de l’imminence de la Délivrance n’aient pas encore été constatés, car elle peut arriver « sur les nuages du ciel » (ce que Rachi explique comme signifiant « rapidement »)., dans une grande révélation divine, correspondant aux mots « Je la hâterai ». Et, tout à la fois, il faut savoir que la Délivrance peut faire l’objet d’un processus long et complexe – « en son temps » – dans lequel certains signes devront d’abord apparaître, d’une manière exprimée par le verset : « humble et monté sur un âne » (Rachi : « tel un pauvre qui avance avec lenteur sur son âne »).

Naturel et surnaturel

La ‘Hassidout9 explique toutefois que chacun de ces deux scénarios possède une qualité propre. Si celle de la Délivrance soudaine et miraculeuse ne nécessite pas d’explication, il faut en revanche comprendre celle d’une Délivrance messianique dont le déroulement suit le cours des voies naturelles.  C’est en effet uniquement de cette manière que le monde parvient au plus grand raffinement et à la plus grande pureté spirituelle. La raison en est que, lorsque la tâche du peuple juif en exil est menée à son terme, le monde, dans ses paramètres existants, devient lui-même apte à recevoir la Délivrance.
Le Rabbi de Loubavitch explique qu’il est possible qu’il y ait l’association de la Délivrance « en son temps » et de celle au sujet de laquelle D.ieu dit « Je la hâterai ». C’est-à-dire que, lors de la période même de la Délivrance « en son temps », au cours de ce processus graduel, D.ieu peut « la hâter » et déclencher des événements surnaturels. Dès lors, le fait que l’on constate de nos jours de nombreux signes annonciateurs de la Délivrance – nous indiquant que nous sommes bien à la fin des temps, dans la période où la Délivrance finira par s’accomplir, sans que nous sachions quand exactement – ne signifie pas que celle-ci se fera nécessairement au terme d’un processus naturel qui se prolongera encore longtemps. Au sein même de ce processus peut apparaître une grande révélation divine, qui donnera lieu à la Délivrance aujourd’hui même.10

NOTES
1.Par exemple le verset (Malakhi 3,1) : “Soudain, il entrera dans son sanctuaire, le Maître dont vous souhaitez la venue”, commenté ainsi par le Metsoudat David : “Il s’agit du roi Machia’h que tous attendent et dont tous espèrent la venue.”
2.Comme l’enseignement des sages selon lequel la Délivrance se fera petit à petit, comme l’aubre (Talmud de Jérusalem Berakhot 1:1 ; Yoma 3:2 et dans d’autres endroits.
3.Voir le commentaire du Or Ha’haïm sur Bamidbar 24,17 : “Si la Délivrance se fera par le mérite d’Israël, se sera alors quelque chose d’extraordinaire, le Rédempteur d’Israël se révélera du ciel par un prodige, comme il est écrit dans le Zohar. En revanche, si elle est le fait de l’échéance, dans le cas où Israël ne l’aura pas mérité, elle sera différente, et à ce sujet il est dit ‘pauvre et monté sur un âne’.”
4.Sanhédrine 98a.
5.Daniel 7,13 : “Je regardai encore dans la vision nocturne, et voilà qu'au sein des nuages du cielsurvint quelqu'un qui ressemblait à un fils de l'homme; il arriva jusqu'à l'ancien des jours, et on le mit en sa présence.”
6.Zacharie 9,9 : “Réjouis-toi fort, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur le petit de l'ânesse.”
7.Likoutei Si’hot vol. 18 p. 418 ; vol. 27 p. 204.
8.Likoutei Si’hot vol. 8 p. 323, note 43.
9.Chaarei Orah de l’Admour HaEmtsaï p. 86-87.
10.Voir notamment dans le Sefer HaSi’hot 5750, vol. 2 p. 651, où le Rabbi explique que le fait que la Délivrance doive se faire selon un ordre préétabli, de même que l’enseignement des Sages selon lequel elle se fera “petit à petit”, n’empêche nullement qu’elle se produise en un temps beaucoup plus court : “Même lorsque le début et l’aboutissement de la Délivrance sont très proches dans le temps, celle-ci peut s’opérer ‘petit à petit’, c’est-à-dire étape par étape, au sein même de la Délivrance.”

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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La ressemblance

« Isaac, le fils d’Avraham ; Avraham engendra Isaac » Pléonasme ?

Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch par Yanki Tauber


Il y a bien longtemps vivait un homme qui était l'incarnation de l’amour. Il aimait D.ieu et toutes Ses créatures. Sa maison était ouverte à tous les voyageurs, son cœur à tous les nécessiteux. C’est de cet homme dont l’attribut divin d’amour dit : “tant qu’il était là, je n’avais rien à faire, car il faisait mon travail à ma place.”1
Cet homme avait deux fils. L’aîné était affectueux, sensuel et extraverti. Le second fils, cependant, était plus introverti : un homme silencieux et réservé, doué d’une auto discipline qui tendait vers la rigidité. La différence entre eux s’accentua quand ils se marièrent et eurent des enfants : le fils aîné engendra un clan célèbre pour sa nature passionnée et son hospitalité démonstrative, alors que le second fils eut lui-même un fils qui prit de lui une sévérité poussée à l’extrême, devenant un guerrier sans cœur et un meurtrier de sang-froid. Le fils aîné est le fils de son père, disait-on. Le deuxième fils semblait avoir acquis sa nature ailleurs.
On n’avait pas su distinguer entre la similitude et la ressemblance.

Les cyniques de l’époque

La Parachah Toledot (Genèse 23-26) qui relate la vie et la progéniture d’Isaac commence par ces mots : « voici la descendance d’Isaac, le fils d’Avraham ; Avraham engendra Isaac ».
Mais Isaac ayant été identifié comme le fils d’Avraham, pourquoi le verset répète-t-il qu’Avraham engendra Isaac ? Rachi2 explique :
Les cyniques de la génération disaient que Sarah était devenue enceinte d’Avimélèkh puisqu’elle n’avait pu réussir à concevoir pendant toutes ces années passées avec Avraham. Que fit D.ieu ? Il fit en sorte qu’Isaac ressemble à Avraham, afin que tous puissent attester qu’Avraham avait engendré Isaac. C’est là le sens du verset : Isaac (est certainement) le fils d’Avraham (puisqu’il y a la preuve que) Avraham a engendré Isaac.
L’explication de Rachi présente plusieurs points étonnants :
a) La Torah établit clairement qu’Avimélèkh ne toucha pas Sarah. Pourquoi devrions-nous être concernés par ce que les cyniques de cette époque pouvaient dire ?
b) Par ailleurs, si la Torah, pour quelque raison que ce soit, trouve nécessaire de faire allusion à cette preuve, n’aurait-elle pas dû le faire lors du récit de la naissance d’Isaac ? Pourquoi attendre le récit de son mariage et la naissance de ses enfants, plusieurs décennies plus tard ?
c) Cela présuppose que la ressemblance entre Avraham et Isaac est un événement extraordinaire orchestré par D.ieu pour attester de la paternité d’Isaac (Que fit D.ieu ? Il forma l’apparence d’Isaac...) Mais n’est-il pas tout à fait naturel qu’un fils ressemble à son père ?

Les trois éléments patriarcaux

Nous Sages nous disent que les trois Pères de la nation juive, Avraham, Isaac et Jacob incarnent les trois attribut de ‘Hessed (amour, bienveillance),Guevourah (sévérité, rigueur) et Tiférèt (harmonie et vérité). Le ‘Hessedd’Avraham était illustré par son amour prodigieux pour D.ieu, son activisme en faveur des condamnés et son effort d'éclairer ses prochains tout au long de sa vie. La Guevourah d’Isaac s’exprimait dans sa grande crainte de D.ieu, et sa parfaite autodiscipline. L’attribut de Jacob, Tiférèt, était son aptitude à l’harmonie et à la vérité : sa capacité à intégrer les différentes qualités de son âme en un tout harmonieux. Dans Jacob, les aspirations au ‘Hessed et à laGuevourah se réunissaient dans un caractère qui embrassait tout et supportait tout ; un caractère empreint de la cohérence et de la détermination qui caractérisent la vérité. C’est pourquoi Jacob put persévérer et prospérer dans la grande diversité de conditions qu’il devait rencontrer dans sa vie, incluant ses années en Terre Sainte sous la tutelle des grands érudits de son temps, son emploi au service du fourbe Lavan, sa confrontation avec Essav et son séjour dans l’Égypte dépravée.
De nos trois Patriarches, nous avons hérité ces trois composantes du caractère juif. D’Avraham nous tenons notre philanthropie légendaire et notre conscience sociale. A Isaac nous devons notre yirat chamayim (crainte de D.ieu) innée et notre retenue morale. Jacob imprègne nos âmes du don de la vérité : notre engagement à l’étude et la connaissance de la Torah, la  force ultime qui harmonise les différentes tendances de l’âme et de la création et qui est le secret de notre persévérance à travers les convulsions de l’histoire.
Comme le démontre l’exemple de Jacob, ’Hessed et Guevourah ne s’excluent pas mutuellement. Bien au contraire, appliqués correctement, chacun de ces sentiments complète et renforce l’autre. En fait, un ‘Hessed qui ne serait pas restreint par la Guevourah et une Guevourah qui ne serait pas tempérée par le‘Hessed seraient contraire à leurs propres desseins.
Pour donner un exemple : un père qui serre son enfant dans ses bras constitue expressément un acte de ‘Hessed ; mais s’il venait à serrer son enfant avec une force proportionnelle à l’intensité de son amour, il l’écraserait fatalement – à D.ieu ne plaise. Ainsi, pour que son acte de ‘Hessed soit véritablement une marque d’amour, il lui faut le contrôler par la retenue de la Guevourah. La même chose s’applique à tout amour : il faut une base de respect mutuel, de pudeur et de retenue dans les relations, faute de quoi l'amour risque de se désintégrer en un pseudo-amour intéressé et aliénant qui est tout sauf le rapprochement des individus.
Par le même biais, l’application de la justice est un comportement classique deGuevourah, dont le but est d’établir une société civilisée. Mais un code légal et pénal qui n’est pas temporisé par de la compassion écrasera la société qu’il entend préserver. Ou bien, pour citer encore un exemple de Guevourah, la soumission à l’autorité est cruciale dans le fonctionnement de n’importe quelle institution collective, que ce soit une armée, une usine ou une classe ; mais un soldat, un ouvrier ou un étudiant seraient intimidés au point d’en devenir incompétents si leurs supérieurs n’entretenaient pas avec eux une certaine relation d’affinité et de compassion.
C’est la raison pour laquelle l’harmonie et la vérité sont les deux facettes deTiférèt. Un amour sans réserve n’est pas supérieur à un amour retenu, pas plus qu’une justice sans concession ne l’est par rapport à une justice mitigée de compassion. Bien au contraire quelque chose est plus vrai et durable quand ses contraires sont dépassés et unis pour valider ses propres principes et desseins.

Écrit sur le visage

C’est là que réside le sens profond de la spéculation des cyniques de cette génération quant à la paternité d’Isaac.
Ichmaël, le fils d’Avraham enfanté par la servante égyptienne de Sarah, Hagar, leur paraissait être le véritable fils d’Avraham : gai, extraverti et généreux, il était apparemment fait du même moule qu’Avraham ; en fait, il possédait encore plus de passion que son père. Par contre, l’introverti et stoïque Isaac semblait difficilement être le fils de son père.
Et puis Isaac se maria et engendra des fils jumeaux. Le plus jeune, Jacob, était un homme doux, studieux, en qui l’on pouvait discerner à la fois la réserve de son père et la bonté de son grand-père. Mais Essav, l’aîné, était un produit absolu de la sévérité de son père, tout comme Ichmaël avait hérité et poussé à leur extrême les passions de son père. La disparité entre père et fils semblait dès lors encore plus flagrante : le véritable héritier d’Avraham en ‘Hessed était Ichmaël alors que la Guevourah d’Isaac, plus tard amplifiée par Essav, représentait une nouvelle tendance anti-abrahamique, parmi ses descendants.
La vérité est tout autre. La débauche d’Ichmaël était une corruption et non une amplification de l’amour d’Avraham, tout comme la cruauté d’Essav était une perversion de l’introversion de son père. Le seul et véritable héritier d’Avraham était Isaac, car bien que ce dernier fût émotionnellement différent voire contraire à son père,  ils étaient tous deux engagés à utiliser leurs caractères respectifs au service de leur Créateur et de leur mission ici-bas plutôt qu’à la satisfaction de leurs pulsions personnelles. En fait ce n’est que par Isaac qu’Avraham pouvait évoluer en Jacob, la synthèse parfaite de l’amour et de la crainte, de la dissémination et de la retenue, de la passion et de l’engagement.
Et c’est de cette vérité que D.ieu attesta quand Il fit le visage d’Isaac identique à celui d’Avraham. Ce fut un phénomène surnaturel, car la ressemblance d’Isaac à Avraham n’était pas extérieure – extérieurement ils étaient bien différents – mais elle dépassait leur caractère et leur tempérament, tenant à l’essence même de leur volonté et de leur âme. Néanmoins, D.ieu désirait que leurapparence reflète cette similitude quintessencielle et la Torah nous le relate pour en faire une leçon éternelle : en tant qu’enfants d’Avraham, Isaac et Jacob, nous avons, nous aussi, en nous la force d’unir nos caractères aussi différents soient-ils à leur but commun et intrinsèque et d'exprimer ce consensus quant à notre finalité sur le « visage » de notre vie, c'est-à-dire dans notre comportement le plus extérieur.

NOTES
1.Sefer HaBahir, cité dans le Pardès, porte 22, ch. 4
2.Rabbi Chlomo Yits'haki, 1040-1105, auteur des commentaires de la Torah les plus fondamentaux


Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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