Machia'h arrive, le saviez-vous?
En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil

mardi 2 décembre 2014


L’arrestation et la libération de Rabbi DovBer de Loubavitch

10 Kislev 5587 (1826)

par Yerachmiel Tilles



Reb Pin’has Reizes était un hassid du deuxième Rabbi de ‘Habad-Loubavitch, Rabbi DovBer (connu en Yiddish sous le surnom de « Mitteler Rebbe », en hébreu « l’Admour HaEmtsayi », ce qui en français signifie « le Rabbi Intermédiaire »). Lorsque Reb Pin’has décéda, son seul héritier était un neveu, qui malheureusement était un parfait gredin.
Parmi les objets qui entrèrent en possession du neveu se trouvait une lettre écrite par le Rabbi à son oncle, demandant à Reb Pin’has demander de siéger dans un comité spécial qui devait allouer des fonds à des causes charitables. La somme citée dans la lettre était de 4000 roubles.
Le neveu vit cela comme une occasion en or de faire chanter le Rabbi. Si le Rabbi ne lui donnait pas d’argent, menaça-t-il, il irait dire aux autorités que Rabbi Dovber collectait des fonds à des fins clandestines et illégales. Mais le Rabbi ne se laissa pas intimider. « Vous n’obtiendrez pas un sou de moi, lui dit-il. Faites ce que vous voulez, car je n’ai rien fait de mal et je n’ai pas peur de vos calomnies. »
Rendu furieux par la réponse du Rabbi, le neveu mit sa menace à exécution. Avec l’aide de quelques associés peu recommandables, il modifia la lettre originale de manière à faire apparaître que le Rabbi disposait de 104 000 roubles au lieu de 4000, une véritable fortune en ce temps-là. Le Rabbi fut alors accusé de diverses activités criminelles, comme d’essayer de soudoyer le sultan turc, et il fut également allégué que la salle d’étude du Rabbi avait été construite selon les mesures exactes du Temple de Jérusalem, ce qui était supposé révéler ses prétentions au trône.
Le samedi soir 28 Tichri 5587 (1826), des enquêteurs se présentèrent à la maison de Rabbi Dovber. Ils menèrent une perquisition approfondie des lieux. Ils firent un inventaire détaillé de tous les documents écrits et de tout ce qu’ils considéraient comme suspect. Au même moment, un groupe distinct d’enquêteurs s’affairaient à mesurer la salle d’étude du Rabbi. Les ‘hassidim perplexes ne parvenaient pas à comprendre ce qu’ils essayaient de trouver.
Pendant ce temps ; une grande foule s’était rassemblée devant la maison du Rabbi, et chacun pouvait entendre les supplications que la famille en larme du Rabbi adressait aux policiers. Le seul qui semble prendre les choses avec sérénité était Rabbi DovBer. Comme si rien d’inhabituel n’était en train de se passer, il se retira dans sa chambre pour écrire un discours ‘hassidique. Un peu plus tard, il annonça qu’il recevrait les gens en audience privée, ce qu’il fit.
Le lendemain matin, le Rabbi reçut l’ordre de suivre les policiers à leur quartier général à Vitebsk. La nouvelle de l’arrestation du Rabbi se répandit rapidement et dans chaque ville et village le long du chemin, des centaines de Juifs sortirent pour le saluer. Grâce aux efforts de plusieurs Juifs influents, il fut convenu que le long voyage se ferait en plusieurs étapes, avec de nombreux arrêts pour permettre au Rabbi de se reposer.
Quand l’attelage parvint à Dobromysl, le Rabbi demanda à être autorisé à prier l’office de l’après-midi dans la synagogue locale. Ensuite, à la surprise générale, il prononça un discours ‘hassidique sur le verset du Cantique des Cantiques « Les eaux nombreuses ne peuvent éteindre l’amour ». L’allusion à sa situation présente était claire.
Le Rabbi fut ensuite emprisonné dans la ville de Vitebsk et placé sous haute sécurité. Quelque temps plus tard, on apprit que le chef d’accusation retenu contre lui la rébellion contre le gouvernement.
Le Rabbi demeura en prison pendant un mois et dix jours, mais depuis le début, il lui fut accordé certains privilèges. Trois personnes furent autorisées à rester avec lui et, trois fois par jour, vingt Juifs étaient autorisés à entrer dans sa chambre pour prier avec lui. Il fut également permis au Rabbi de prononcer un discours ‘hassidique deux fois par semaine devant une cinquantaine de personnes, après que son médecin ait témoigné que c’était vital pour sa santé.
Dans l’intervalle, des efforts pour obtenir la libération du Rabbi étaient entrepris en coulisse. Plusieurs responsables gouvernementaux de haut rang qui avaient entendu parler du Rabbi et le tenaient en grande estime tentèrent d’exercer leur influence. Le Rabbi fut interrogé à de nombreuses reprises, au cours desquelles il prouva non seulement que ses liens avec le sultan turc étaient complètement inventés, mais aussi que ses vues sur le trône du tsar étaient également fictives.
Au bout de plusieurs semaines, les résultats de l’enquête furent remis au ministre de l’Intérieur. Le ministre fut très impressionné par les réponses du Rabbi à toutes les questions, et décida qu’une confrontation directe entre Rabbi DovBer et son accusateur s’imposait.
Au jour désigné, le Rabbi revêtit sa parure blanche de Chabbat. Quand il entra dans le bureau du ministre, celui-ci fut si déconcerté par son apparence angélique qu’il ordonna à ses serviteurs d’apporter au Rabbi une chaise.
Le délateur commença à couvrir le Rabbi d’invectives, mais, une par une, le Rabbi rejeta entièrement ses accusations. À un certain moment dans la procédure, l’accusateur appela Rabbi DovBer « Rabbi ». Immédiatement, le Rabbi se tourna vers le ministre et remarqua : « Avez-vous vu cela ? D’abord, il me traite de charlatan et de révolutionnaire et dans le même souffle, il m’appelle “Rabbi” ! »
À partir de là, les allégations de l’accusateur se firent de plus en plus illogiques. Le ministre était si irrité par son comportement qu’il lui ordonna de « cesser d’aboyer », et il fut emmené dans l’humiliation. Le Rabbi fut escorté jusqu’à sa chambre avec une grande déférence et informé qu’il allait bientôt être libéré.
Rabbi DovBer fut libéré le 10 Kislev, ayant été informé de la décision du gouvernement au moment où il récitait le verset du Psaume 55 : « Il a sauvé mon âme dans la paix. » Depuis lors, cette libération est célébrée chaque année à cette date par la communauté ‘Habad-Loubavitch.

PAR YERACHMIEL TILLES
Yerachmiel Tilles est le cofondateur de Ascent-of-Safed et en fut le directeur éducatif pendant 18 ans. Il est le créateur de www.ascentofsafed.com et de www.kabbalaonline.org, et dirige actuellement ces deux sites. Il est également un conteur réputé, un éditorialiste dans de nombreuses publications 'hassidiques et un des rabbins de AskMoses.com.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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lundi 1 décembre 2014


Cause et effet
Extraits des écrits et des discours de Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch

À l’été 1929, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak (1880-1950), visita la Terre d’Israël. Le Rabbi quitta la Terre Sainte le jeudi 22 Août, deux jours avant les émeutes arabes de 1929 dans lesquelles des dizaines de Juifs furent massacrés à Hébron et à Jérusalem. Parmi les morts et les blessés comptaient plusieurs parents et disciples du Rabbi.
Dans une lettre qu’il adressa au grand rabbin d’Israël de l’époque, le rav Avraham Yits’hak Kook, Rabbi Yossef Its’hak écrivit :
« Quand les tristes nouvelles des pogroms perpétrés en Terre Sainte me sont parvenues dimanche [25 Août], sur le bateau d’Alexandrie à Trieste, la douleur et la détresse extrêmes que je ressentis m’occasionnèrent une affection rénale. D.ieu merci, le plus précieux des hommes, le sage et véritablement craignant D.ieu Dr Wallach était avec nous sur le bateau et fit beaucoup pour soulager ma maladie... Dans cet état, je fut obligé de continuer mon voyage ici ; plusieurs jours après mon arrivée, j’étais encore incapable de me remettre de l’effet de l’incendie par lequel D.ieu avait brûlé la maison de Jacob en général, et plus particulièrement ayant lu la liste des victimes massacrées, les saints martyrs, puissent leur âmes être liées dans le lien de vie... »
Le soin des patients à l’hôpital que Dr Moshé Wallach fonda en 1892.
Le soin des patients à l’hôpital que Dr Moshé Wallach fonda en 1892.
À une autre occasion, Rabbi Yossef Its’hak relata qu’à la fin du voyage, Dr Wallach l’approcha de lui et lui demanda son pardon. « Rabbi ! dit-il. Comment puis-je expier le fait d’avoir été la cause de votre maladie ? »
« Vous, la cause de ma maladie ? » demanda le Rabbi stupéfait.
L’Hôpital Shaarei Tzedek sur la rue Jaffa, construit par le Dr Wallach en 1902.
L’Hôpital Shaarei Tzedek sur la rue Jaffa, construit par le Dr Wallach en 1902.
« Oui, dit le docteur. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que si je n’avais pas été sur le bateau avec vous, vous ne seriez pas tombé malade. Vous, Rabbi, êtes un homme de qui tout le peuple juif dépend ; D.ieu n’aurait certainement pas permis qu’une maladie mortelle vous atteigne si l’instrument de votre guérison n’avait pas été sur ​​le bateau avec vous. »

EXTRAITS DES ÉCRITS ET DES DISCOURS DE RABBI YOSSEF ITS'HAK DE LOUBAVITCH
Raconté par le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its'hak Scneersohn; adapté par Yanki Tauber
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Machia’h dans chaque génération

par Menahem Brod


Est-il permis de désigner une personne comme étant le Machia’h ? Certains sont choqués par cette idée même, et s’exclament : « Comment peut-on dire d’un être humain qu’il est le Machia’h ? » De cette réaction, on comprend que, pour ces gens-là, le Machia’h n’est pas une personne, mais plutôt quelque chose d’abstrait...
Certes, si l’on considère le Machia’h comme une entité nébuleuse qui tombera du ciel, ou bien si l’on pense qu’il est exclus qu’il vienne de notre temps et que son avènement appartient à quelque lointaine époque, il est naturel d’être troublé quand on entend que le Machia’h est un être humain, un homme de chair, qui est présent parmi nous. Toutefois, lorsque l’on examine un tant soit peu le sujet tel qu’il apparaît dans les sources juives, il ressort clairement que telle en est la conception dans le Judaïsme : le Machia’h est un homme, un Juif, un juste parfait, qui vit en notre temps et qui attend que D.ieu l’envoie délivrer le peuple d’Israël de son exil.

« Comme moi »

Il est probable que la gêne à désigner quelqu’un comme étant le Machia’h soit un phénomène relativement récent dans l’histoire juive, dû aux bouleversements suscités il y a quelques siècles à peine par plusieurs faux messies. Cependant, la leçon qu’il convient de retirer de l’égarement des masses qui se laissèrent séduire pas ces imposteurs n’est certainement pas qu’il ne faut plus croire en la venue du Machia’h – à D.ieu ne plaise ! – ou en la possibilité que le « tsadik de la génération » se révèle comme étant le Machia’h, mais qu’il faut s’attacher à la Torah et au respect de ses directives et de ses critères et ne pas se laisser aveugler par des personnages charismatiques. Toutefois, en soi, identifier un tsadik de notre temps au Machia’h, est quelque chose de parfaitement licite d’après la Torah.
En leur temps, les Juifs du Yémen demandèrent à Maïmonide de réagir aux rumeurs selon lesquelles une certaine personne était le Machia’h. Dans sa réponse,1 Maïmonide démontra que cet homme, qui n’avait que « peu de connaissances » et dont les qualités personnelles étaient largement insuffisantes, n’était pas le Machia’h. Mais il ne déclara pas à ses correspondants que le fait de considérer une personne qui en soit digne comme étant le Machia’h soit problématique. Bien plus, dans son œuvre législative, Maïmonide tranche la loi en statuant2 qu’il nous appartient d’identifier le Machia’h sur des critères touchant à sa personne et à ses actions, sans attendre ou exiger qu’il accomplisse des prodiges surnaturels.
De fait, le Talmud relate qu’à son époque diverses personnalités avaient été ainsi désignées. Le traité Sanhédrine3 rapporte que les élèves de différentes académies talmudiques avaient coutume de dire que le nom du Machia’h était celui de leur maître, ce qui indique qu’ils considéraient leurs maîtres respectifs comme dignes d’être le Machia’h.
Le sage du Talmud dénommé « Rav » tint des propos plus explicites encore : « S’il fait partie des vivants, il est comme Rabbénou haKadoche. », ce que Rachi explique comme signifiant : « Si le Machia’h fait partie de ceux qui vivent actuellement, c’est assurément Rabbénou haKadoche, qui souffre de maladies et qui est extrêmement pieux. » C’est-à-dire que Rav, qui vécu dans la première génération des amoraïm – les sages du Talmud – et qui était l’un des disciples de Rabbi Judah le Prince (qu’ils appelaient alors « Rabbénou haKadoche », « notre saint maître »), a clairement statué que le Machia’h dans sa génération était son maître, Rabbi Judah le Prince !4
Mais il y a plus fort. Dans le même passage, Rav Na’hman énonce quelque chose d’encore plus surprenant, à savoir que lui-même est digne d’être le Machia’h : « Rav Na’hman dit : S’il fait partie des vivants, il est comme moi. » Rav Na’hman dit que si l’on cherche un candidat à la fonction de Machia’h dans leur génération, il se doit de lui ressembler !

Le « tsadik de la génération »

On retrouve dans de nombreux livres le principe selon lequel le Machia’h est un homme qui vit en chaque génération, et, au moment où le peuple juif le méritera, il se révélera et l’amènera à la rédemption :
Rabbi Ovadia de Bartenora dit5 : « En chaque génération naît un descendant de Judah qui est digne d’être le Machia’h pour Israël. ». Le ‘Hatam Soferexplique : « Lorsque le moment viendra, D.ieu se révélera à lui et l’enverra et alors se révélera en lui l’âme du Machia’h qui était demeurée cachée en haut. »6 Ce à quoi l’auteur du Sdei ‘Hemed ajoute7 : « De cette manière, en chaque génération, son identité était supputée... Et c’est en fonction de ce principe que les disciples du Ari Zal ont écrit qu’à leur époque, c’était le Ari Zal. »8
De même, plusieurs grands érudits ont suggéré qu’ils étaient le Machia’h.9 On a également dit de certains grands tsadikim dans les générations récentes, tels que le « ‘Hidouchei haRim » de Gour, Rabbi Israël de Roujine, l’auteur duTséma’h Tsadik de Viznitz et d’autres, qu’ils étaient dignes d’être le Machia’h. 
Car telle est la foi juive en la venue du Machia’h : qu’un Juif tsadik vivant dans cette génération se révélera en tant que Machia’h, rapidement et de nos jours.

NOTES
1.Dans « l’Épître au Yémen.
2.Lois des Rois 11:4.
3.p. 98b.
4.Voir Sefer HaSi’hot 5751, vol. 2, p. 496 note 67.
5.Dans son commentaire du Ruth.
6.Responsa ‘Hatam Sofer‘Hochen Michpat, Recueils chap. 98.
7.Péat HaSadeh, Maarekhat haAleph, principe 70.
8.Voir le Kountres Mikdach Meat (Kehot 5752), notes 57-58.
9.Comme Rabbi Chakhna, le maître du Rama, qui écrivit : « Son nom est Chakhna », ou Rabbi ‘Haïm ben Attar, auteur du Ora’h ‘Haim, qui écrivit (dans son commentaire sur Deutéronome 15,7) : « Le Machia’h de D.ieu et son nom est ‘Haïm ».

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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La richesse juive

Ou pourquoi vouloir être riche

par Tali Loewenthal

Comment le Judaïsme envisage-t-il la richesse ? Comment considère-t-il quelqu’un qui travaille dur pour amasser une fortune ? Ne devrait-il pas consacrer plutôt son temps à des occupations spirituelles ?
La paracha de cette semaine qui commence avec la rencontre fatidique entre Jacob et Ésaü jette la lumière sur cette question.
Des années auparavant, Jacob s’était enfui d’Ésaü pour échapper à la colère de son frère. Ésaü pensait qu’il avait été privé, à tort, de son droit d’aînesse et des bénédictions de son père. Il voulait donc tuer Jacob. Ce dernier s’était réfugié dans la maison de son oncle Lavan, bien loin à l’est, à ‘Haran. Là bas, il s’était marié, avait élevé une famille et prospéré. Il avait amassé de gros troupeaux de moutons et de bétail. Il revenait donc à Canaan, sa terre natale.
Sur le chemin du retour, il dut faire face à une confrontation avec son frère Ésaü. Y aurait-il la paix ? Finalement c’est ce qui se produisit, mais pas d’emblée. Jacob fut tout d’abord informé qu’Ésaü avançait vers lui avec une armée hostile. Il prépara donc des plans d’urgence dont le plan de paix évoqué plus tôt. Son présent était accompagné d’un message de conciliation : « J’ai vécu temporairement avec Lavan et j’y suis resté jusqu’à présent. Je possède des bœufs et des ânesses, des moutons, des serviteurs et des servantes et je t’ai envoyé ce cadeau, pour trouver faveur à tes yeux ».
Nos Sages demandent : pourquoi Jacob mit-il l’accent sur le fait que son séjour chez Lavan avait été temporaire ?
Ils répondent que par ces mots Jacob était en train de dire quelque chose sur la nature de la richesse qu’il avait amassée. Il est vrai qu’il avait travaillé très dur et était devenu très riche. C’est pour cette raison, qu’il envoyait un cadeau important à son frère. Mais il voulait également lui signifier quelque chose à propos de la façon dont il considère cette richesse. Les choses de ce monde sont certes importantes. Mais elles ne sont que temporaires.
Jacob disait à son frère : le but principal de la vie n’est pas la richesse en soi, mais la possibilité d'utiliser chaque détail de la vie dans le service de D.ieu.
En fait, « j’ai vécu temporairement » s’exprime dans le texte hébreu de la Torah par un mot unique, garti, qui a la valeur numérique de 613. Jacob disait : « J’ai vécu avec Lavan, l’idolâtre, je me suis profondément consacré à pourvoir aux besoins de ma famille et je suis devenu très riche. » Mais le véritable but en était d’observer les 613 Commandements.
Le Judaïsme nous enseigne que la richesse n’est pas le but, mais le moyen. Celui de de créer la magnifique atmosphère d'un foyer juif, avec des enfants heureux et des invités à sa table. D’être capable de donner du temps, de l'attention, de l'éducation juive, de la charité. De savoir partager avec les membres de la communauté et de jouer son rôle dans le bien-être de tous.
Voilà quel était le message de Jacob à son frère Ésaü, parce que, finalement, c’est là le message du Juif au monde.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


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dimanche 30 novembre 2014


Machia’h arrive aujourd’hui!

Je n'envisage rien d'autre

par Menahem Brod

S’agissant de la venue du Machia’h, les sources bibliques, talmudiques et rabbiniques insistent sur la foi dans sa venue, mais également sur la nécessité de son attente. C’est le cas, notamment, de Maïmonide qui, dans ses Treize Principes de la Foi, souligne1 : « S’il tarde, attends-le ! », ou, comme l’énonce la profession de foi Ani Maamine : « Et même s’il tarde, j’attendrai toutefois, chaque jour, qu’il vienne. »
Maïmonide va plus loin en écrivant, au début des lois traitant de Machia’h : « Et quiconque ne croit pas en lui, ou n’attend pas sa venue, renie non seulement tous les prophètes, mais également la Torah et notre maître Moïse. » Il en ressort que même celui qui croit en la venue du Machia’h, mais n’attend pas sa venue, « renie la Torah et notre maître Moïse » !
On sait également que le Talmud enseigne2 : « L’une des questions que l’on pose à l’homme au Jour du Jugement est : “As-tu attendu la Délivrance ?” »
Tout cela nous montre clairement que la Torah exige de chaque Juif non seulement qu’il croie dans la venue du Machia’h, mais aussi et surtout qu’il éprouve une réelle sensation d’attente.

Une expression de l’intensité de la foi

L’importance de cette attente peut s’expliquer de diverses manières :
Une compréhension correcte de ce qu’est une vie de Torah et de MitsvotEn premier lieu, le degré d’expectative atteste de l’intensité de la foi. Un Juif qui affirmerait croire en la venue du Machia’h mais sans pour autant l’attendre, témoignerait ainsi de la fragilité de sa foi. Celle-ci, d’une manière ou d’une autre, pécherait forcément par défaut. Car si sa foi était intègre, comment se pourrait-il qu’un tel Juif ne ressente pas l’attente du « Grand Jour de l’Éternel » ? Comment un Juif croyant aux merveilleux bienfaits qui l’attendent, lui, le peuple juif, le monde entier et la Présence Divine (qui demeure en exil et qui sera également rédimée) lors de l’ère messianique pourrait-il ne pas être impatient à l’extrême de les voir ? C’est pourquoi le degré d’attente de Machia’h d’une personne témoigne de la plénitude de sa foi en sa venue.
D’autre part, l’attente de la venue du Machia’h est également révélatrice d’une compréhension correcte de ce qu’est une vie de Torah et de Mitsvot. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, l’ensemble du service de D.ieu à travers l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot a pour but de préparer le monde aux grands dévoilements qui marqueront l’ère messianique. Actuellement, nous obéissons aux instructions et, au temps du Machia’h, nous en verrons les résultats : le raffinement et la perfection du monde consécutifs à l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot. Il est donc tout naturel qu’un Juif vive dans l’expectative de voir l’achèvement de son œuvre et les fruits de celle-ci. En revanche,  celui qui n’attend pas la venue du Machia’h montre qu’il ne croit pas vraiment dans la capacité de la Torah de changer et de parfaire le monde.

Un aspect de la foi

Toutefois, au-delà de toutes ces considérations, l’attente de la venue du Machia’h démontre tout simplement qu’il ne s’agit pas d’une foi purement conceptuelle en un lointain et hypothétique événement, mais au qu’on croit en sa venue aujourd’hui même !
De fait, s’il s’agissait seulement de croire en la venue du Machia’h, on pourrait très bien penser qu’il s’agit d’un événement appartenant à un futur indéfini. La Torah nous demande de l’attendre, de sorte que nous croyions chaque jour qu’il peut venir à n’importe quel moment. On n’« attend » pas un événement qui doit se dérouler dans des dizaines ou des centaines d’années.
En affirmant que croire en la venue du Machia’h sans pour autant l’attendre revient à « renier la Torah et notre maître Moïse », Maïmonide nous enseigne ce qu’est la véritable foi juive en la venue du Machia’h : ce n’est pas seulement croire qu’il finira bien par venir, mais croire qu’il viendra aujourd’hui même. Dès lors, celui qui y croit de façon théorique, mais qui ne croit pas qu’il viendra aujourd’hui même, n’a pas une foi intègre en la délivrance messianique. Celle-ci exige de croire en sa venue immédiate et donc d’attendre chaque jour sa venue.

Exiger la délivrance

L’attente de la Délivrance est également l’une des principales vertus par le mérite desquelles celle-ci arrivera, et à même d’en accélérer l’avènement. Ainsi peut-on lire dans le Midrache3 : « Isaac dit devant l’Éternel : Maître du monde ! N’y aurait-il pas de retour possible pour les fils ? L’Éternel lui répondit : Ne parle pas ainsi. S’il y a une génération qui attend mon royaume, ils seront délivrés sur-le-champ, comme il est dit : “Il y a un espoir pour ta fin, ainsi a parlé l’Éternel, et les fils reviendront sur leur territoire.” »
Le ‘Hyda4 rapporte qu’il est dit dans le Midrache Yalkout Téhilime5 « Quand bien même le peuple d’Israël n’aurait d’autre mérite que l’espérance, il mériterait la Délivrance en récompense de cette espérance. » Le ‘Hyda explique que lorsque le peuple juif demande la Délivrance, on pourrait lui objecter qu’il n’a pas assez de mérites pour être délivré. Ce à quoi le peuple juif répond : « Nous avons l’espérance et, par cela, nous méritons que Tu nous délivres. »
De même que la Délivrance est hâtée par son attente, l’absence de celle-ci est un des principaux obstacles à son avènement. Car ne pas attendre la Délivrance, reviendrait pour le peuple juif à montrer qu’il s’accommode parfaitement de la situation actuelle lui convient parfaitement, ce qui a pour effet de repousser et de retarder la Délivrance. Rabbi Chimon bar Yo’haï affirme même que l’absence d’une telle attente suscite, dans le Tribunal Céleste, de graves réquisitoires contre le peuple juif : « Tous les milliers de Juifs tombés à la guerre au temps du roi David, ne moururent que parce qu’ils n’avaient pas réclamé la construction du Beth-Hamikdache. »6
Nous voyons donc à quel point il est vital d’attendre la Délivrance et de réclamer de l’Éternel qu’Il se hâte de nous délivrer. Les propos de l’auteur du ‘Hafets ‘Haïm sont, à cet égard, fort intéressants : « C’est plusieurs fois par jour que nous demandons la Délivrance. Toutefois, la seule requête ne suffit pas. Il faut exiger la Délivrance, à l’instar de l’ouvrier qui réclame son salaire. La loi étant que s’il ne le réclame pas, rien n’oblige à le payer le jour même. C’est dans cet esprit que nous devons réclamer notre Délivrance. »7

NOTES
1.Reprenant les mots du verset de Habacouc 2,3. Il est également écrit dans Céphaniah 2,8 : “Ainsi attendez-moi, dit l’Éternel, au jour où Je me lèverai à votre rencontre.” (traduit selon Rachi).
2.Chabbat 31a.
3.Yalkout Eikha.
4.Initiales de [Rabbi] ‘Haïm Yossef David Azoulaï.
5.§ 736.
6.Midrache Téhilim sur le Psaume 17.
7.Certains se demandent si le fait de demander et d’exiger la Délivrance ne contredit pas la version du Talmud rapportée par Rachi (dans le traité Ketouboth 111a) selon laquelle l’Éternel aurait fait jurer au peuple juif "de ne pas forcer l’échéance", ce que Rachi explique comme signifiant "Qu’ils ne multiplient pas à l’excès les supplications à ce sujet". Ce sujet est largement débattu parmi lesPoskim (Décisionnaires). Certains (responsa Avnei Nézer sur Yorei Déah, § 40 et suiv.) ne voient pas dans ce serment une halakhah lemaasseh, une loi contraignante. D’autres affirment que, parallèlement, l’Éternel avait fait jurer les nations du monde de ne pas asservir Israël à outrance. Les nations ayant violé leur serment, Israël s’est trouvé, du même coup, délié du sien. Selon d’autres opinions, ce serment n’était valable que pour mille ans. De même, il est dit dans certains ouvrages des maîtres ‘hassidiques que, passé cinq siècles du sixième et dernier millénaire, il ne saurait encore être question de “forcer l’échéance”, celle-ci étant désormais d’actualité (voir également Avkat Rokhel 2ème partie, principe 9, selon lequel il est non seulement permis aujourd’hui de multiplier les prières pour la délivrance, mais cela constitue au contraire une grande mitsva). Cependant, il n’y a en réalité pas de nécessité de recourir à ces explications : commentant les paroles de Rachi, le ‘Hatam Sofer (dans ses responsa ‘Hatam Sofer 6ème partie, chap. 86) conclut que ce qui est problématique est de chercher à forcer l’avènement messianique par le moyen de la Kabbalah Maassith, la Kabbale pratique, et d’autres procédés de même nature. En revanche, il n’est jamais venu à l’esprit de quiconque qu’il pourrait y avoir la moindre interdiction dans l’attente de la Délivrance et la prière pour celle-ci.
Le Rabbi de Loubavitch est, quant à lui, catégorique (Likoutei Si’hot vol. 20, p. 384) :
Il est clairement évident que cela n’a rien à voir avec l’interdiction de "forcer l’échéance". Il ne s’agit, en effet, pas ici de Kabbalah Maassith, d’invocation des anges, etc., mais de l’étude de la Torah et de l’accomplissement des Mitsvot dans la joie et avec profusion, ce qui inclut de réfléchir au sens simple des mots lorsqu’on se tient devant l’Éternel dans la Amidah et qu’on Lui demande “Et que nos yeux voient Ton retour à Sion grâce à ta miséricorde”, ou encore, “Fais repousser rapidement l’arbre de David Ton serviteur” et d’y mettre une véritable ferveur. Et on se pose alors la question : “Moi-même, qu’ai-je fait pour cela aujourd’hui ?”

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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La persuasion d’une femme
par Naftali Silberberg

« Et [Jacob] se leva cette nuit-là, et il prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants et passa le gué de [la rivière] Jaboc. » — Genèse 32, 23
« Mais où était Dinah [la fille de Jacob] ?1 [Jacob] l’avait enfermée dans une caisse verrouillée afin que Ésaü ne puisse porter ses regards sur elle. C’est pour quoi il a été puni pour l’avoir ainsi refusée à son frère. [Car, s’il l’avait épousée,] peut-être l’aurait-elle ramené vers le bien – et elle est tombée par la suite entre les mains de Chekhem. » — commentaire de Rachi sur ce verset
Ésaü avait été élevé dans le foyer le plus idéal qu’on puisse imaginer. Ses premiers souvenirs d’enfance évoquaient une vie passée en présence de son illustre grand-père Abraham, l’archétype de la gentillesse et de la pureté, qui supervisa personnellement l’éducation de ses petits-fils jumeaux et leur inculqua les fondements d’une vie spirituelle et pleine de sens. Lorsqu’Abraham quitta ce monde alors qu’Ésaü avait quinze ans, la vie du jeune homme se poursuivit en présence d’Isaac et de Rébecca et de son frère Jacob. Voir untsadik (une personne vertueuse) ne serait ce qu’une seule fois a un intense impact sur une personne, or Ésaü passa des décennies avec les trois Patriarches ! Il serait difficile de trouver quelqu’un dans l’histoire dont l’éducation pourrait rivaliser avec la sienne, et pourtant, celle-ci n’eut que très peu d’effet sur l’insensible Ésaü.
Il serait difficile de trouver quelqu’un dont l’éducation pourrait rivaliser avec celle d’ÉsaüMais ce que ses parents et son frère, aussi saints qu’ils fussent, ne réussirent pas, il est probable que Dinah aurait pu l’accomplir. Bien qu’elle fût une très jeune fille, elle aurait pu motiver Ésaü – un homme possédant un immense potentiel irréalisé – à s’amender. Voilà une puissante démonstration de l’influence qu’une femme exerce dans son foyer. Nos Sages désignent la femme comme étant la « akéret habayit », le fondement du foyer, car c’est elle qui donne le ton de son foyer – non pas en prêchant ou en essayant de convaincre, mais en établissant l’environnement familial.
Il y a de nombreuses manières d’influencer les autres. La dynamique de la relation du maître et de l’élève joue certainement un rôle vital dans la construction d’une personne, toutefois il est largement reconnu que la simple transmission d’informations est la méthode la moins efficace pour motiver une personne à s’améliorer. Les parents jouent un rôle bien plus conséquent dans la formation de la personnalité de leurs enfants. Ils sont leurs premiers modèles, leur enseignant à travers l’exemple plutôt que par endoctrinement. Les valeurs qui guident leurs vies demeureront toujours profondément ancrées dans la psyché de leurs enfants. Malgré cela, les enfants ont une propension naturelle à se rebeller, à explorer le monde tout seuls pour parvenir à se forger leur propre éthique et leurs propres valeurs. La tendance innée qu’ont les enfants de rejeter les conclusions auxquelles sont parvenues les générations précédentes permet au monde de progresser constamment et de découvrir de nouvelles « vérités » – dont beaucoup seront réfutées par les générations ultérieures –, mais également limite l’influence que la génération plus âgée exerce sur les plus jeunes.
La plus grande influence est exercée par la femme qui fixe le ton de son foyer. Personne n’est hors d’atteinte de l’atmosphère qui règne dans sa propre maison. L’homme peut être plus volubile concernant son opinion, mais les valeurs qui dominent le foyer l’imprègneront petit à petit.
À l’évidence, Dinah avait une âme d’une puissance extraordinaire, car il n’est certainement pas recommandé qu’une femme commune épouse un Ésaü pour le corriger ! Cependant, l’histoire de Dinah nous édifie sur le rôle gigantesque que joue chaque femme dans la formation des caractères des membres de sa maisonnée.

NOTES
1.Benjamin n’était pas encore né, mais Dinah aurait dû être comptée parmi les enfants de Jacob
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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jeudi 27 novembre 2014


Les «égarés» et les «éloignés»
par Menahem Brod

On raconte que le tsadik qu’on surnommait le Shpoler Zeïdé – le « Grand-Père de Shipoli » – adressa un jour au Tout-Puissant ce poignant appel : « Maître du monde ! Envoie la Délivrance et le Machia’h tant que le peuple juif l’attend et désire Ton dévoilement. Car si Tu ne le fais pas, un jour viendra où l’on n’attendra plus ni Toi, ni Ton Machia’h, et alors Tu seras bien obligé de l’envoyer. »
Cette déclaration à la fois virulente et incisive, que seul un tsadik comme leZeïdé pouvait oser, illustre une vérité remarquable : si le peuple juif ne mérite pas que la Délivrance intervienne plus tôt, dans des générations antérieures, celle-ci se fera alors dans une génération orpheline et défaillante sur le plan spirituel.
C’est également ce qui ressort des signes que les Sages du Talmud annoncent comme caractérisant la période prémessianique, dite du « Talon du Machia’h ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sera pas une période d’élévation spirituelle, de sainteté, de pureté, marquée par l’attachement à la Torah et aux qualités morales. Ce sera au contraire une période d’une bassesse jamais égalée, aussi bien sur le plan moral que sur le plan de la pratique du Judaïsme et de la connaissance de la Torah. Une époque d’arrogance, de rébellion contre les traditions ancestrales, de ternissement du prestige de la Torah et de ceux qui l’étudient,1 comme l’expriment nos Sages dans cette saisissante formule : « La face de la génération sera semblable à la face du chien. »

La majorité des gens sont « égarés »

On constate que tout cela décrit la réalité actuelle. Ainsi, à en juger par tous les signes qui se manifestent dans le monde, il est clair que le Machia’h est actuellement sur le point de venir, dans notre génération. Celle-ci n’est certes pas une génération de renégats déclarés contre la Torah, comme ce fut le cas de celle des « maskilim »2 ou de celle qui la suivit, mais une génération « d’enfants captifs ».3 Cependant, concrètement, elle reste une génération éloignée de son Créateur. Lorsque le Machia’h viendra et rassemblera les exilés d’Israël, la plupart des Juifs qu’il ramènera des quatre coins du monde appartiendront aux catégories des gens « égarés » et « éloignés ». Et c’est précisément dans une telle génération que se fera l’avènement messianique !
En vérité, ce scénario ne devrait pas constituer un motif d’étonnement, car il est clairement annoncé dans le verset : « En ce jour résonnera le Grand Chofar ; alors arriveront ceux qui étaient égarés dans le pays d'Achour, et ceux qui étaient éloignés dans la terre d'Égypte, et ils se prosterneront devant l'Éternel, sur la montagne sainte, à Jérusalem. »4 C’est donc ainsi que se définit l’avènement du Machia’h : il apparaîtra précisément dans une réalité où la masse des Juifs sera constituée de « égarés » et d’« éloignés », il les rassemblera et les amènera se prosterner devant l’Éternel.

Un espace vide

Bien évidemment, ceci n’est pas fortuit, mais correspond à un dessein profond.
Dans son ouvrage Netsa’h Israël,5 le Maharal de Prague explique qu’une situation nouvelle peut apparaître de deux manières : elle peut surgir du sein même de la situation antérieure, celle-ci se modifiant progressivement pour donner lieu à la nouvelle situation ; mais lorsqu’il s’agit de donner lieu à une réalité fondamentalement nouvelle, celle-ci ne peut se baser sur la situation qui prévalait auparavant. Il est donc nécessaire qu’intervienne un processus de « disparition de la réalité antérieure », c’est-à-dire que la situation précédente périclite et donne lieu à un « espace vide », dans lequel surgira la nouvelle réalité.
Il en est de même concernant l’avènement messianique : étant une réalité intrinsèquement nouvelle, il n’est pas possible d’y parvenir par un processus graduel qui viendrait modifier la réalité antérieure petit à petit. Ce n’est qu’à travers une déchéance considérable, détruisant l’état précédent et créant un vide, que survient la Délivrance messianique qui remplit alors ce vide.

La qualité du pauvre

Le Rabbi de Loubavitch ajoute à cela un éclairage supplémentaire,6 basé sur l’enseignement du Baal Chem Tov sur le verset des Psaumes « Prière d’un pauvre qui se sent défaillir et répand sa plainte devant l’Éternel »7 Le Baal Chem Tov enseigne que la prière d’un pauvre possède une qualité particulière qui est que, du fait qu’elle émane d’un cœur brisé, elle est une demande de se trouver « devant l’Éternel », d’être attaché à D.ieu, et se trouve de ce fait d’autant plus agréée. Une autre qualité du pauvre est que sa joie est encore plus grande lorsqu’il voit sa prière exaucée, du fait de l’ampleur du manque dont il souffrait précédemment.
Ceci permet de comprendre que c’est grâce aux « égarés » et aux « éloignés » que la révélation messianique sera si importante. Car lorsque des Juifs proches de D.ieu et de la Torah prient pour la révélation de la royauté divine, ils ont en tête des éléments partiels, tels que pouvoir avoir plus de ferveur dans la prière, plus d’enthousiasme dans l’étude de la Torah, plus d’attachement à D.ieu dans l’accomplissement des commandements, etc. En revanche, lorsque le « GrandChofar » du Machia’h réveillera l’âme des « égarés » et des « éloignés », ils ne demanderont pas d’atteindre tel ou tel « niveau », mais ils réclameront D.ieu Lui-même : C’est afin d’être « devant l’éternel » qu’ils « répandront leur plainte ». C’est justement parce qu’ils se trouvent dans la plus grande « étroitesse » qu’ils susciteront la plus grande mesure de « largesse » dans la révélation divine.8
Et qu’en sera-t-il des Juifs qui servent D.ieu ? Le Rabbi explique qu’ils peuvent aussi mériter la révélation du Grand Chofar à travers le sentiment d’être « égarés » et « éloignés » de la grandeur infinie de D.ieu. Une telle humilité constitue le réceptacle adéquat pour recevoir l’incommensurable révélation messianique.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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