Machia'h arrive, le saviez-vous?
En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil

mercredi 10 décembre 2014


La carte postale

Un poignant récit autour de 'Hanouka

par Chana Scharfstein


Ce n’était qu’une simple carte postale avec quelques mots mais pour moi, c’était le plus beau cadeau de ‘Hanouccah.
Afin d’achever mon cycle d’études pour l’enseignement de l’anglais en tant que seconde langue, j’avais choisi de suivre des cours de littérature espagnole. De plus, cette option m’avait semblé vraiment passionnante.
Mais le premier soir, cela s’était mal passé. Le professeur Mendez semblait compétent et convaincant dans son cours d’introduction. Cependant, j’étais surprise qu’il s’adresse à nous en anglais alors que c’était un cours pour étudiants avancés. Je levai le doigt et posai la question à voix haute. Tous les étudiants se turent, curieux de la réponse du professeur. Celui-ci prit un ton sarcastique et prétendit que nous n’étions pas assez avancés pour être capables de discuter histoire et littérature en espagnol. Un débat enfiévré s’ensuivit, chacun des participants se positionnant d’un côté ou de l’autre et, bien entendu, je fus considérée comme l’élément perturbateur. Le sentiment d’antipathie qui se développa crescendo contre moi au cours du trimestre eut sa racine dans cette polémique.
Quand nous rendîmes nos copies de mi-trimestre, le professeur en profita pour se venger de moi. J’avais bien préparé mon rapport mais il ne me gratifia que d’une note passable, prétextant que j’avais mal interprété le sujet : j’avais analysé le texte au lieu de le résumer. J’étais vraiment furieuse et ma famille prit mon parti : ce professeur était sans doute un antisémite et, de plus, la discussion que j’avais suscitée m’avait certainement desservie.
Juste à cette époque, parut un magazine dans lequel l’une de mes histoires avait été publiée. Elle contenait des épisodes particulièrement touchants de mes souvenirs d’enfance durant les fêtes et j’apportai le magazine pour le montrer à certains de mes camarades. J’avais même prévu de le montrer au professeur. Mais ce soir-là, une nouvelle discussion éclata dans la classe et la question fut une fois de plus réglée à mon désavantage : je fus obligée de quitter la classe tant les propos étaient devenus désagréables à mon encontre.
Au milieu des escaliers – et je ne saurai jamais pourquoi – je me repris et retournai sur mes pas. Les étudiants avaient quitté la classe et le Professeur Mendez rangeait ses affaires. Il me regarda, surpris, et je lui montrai mon article. Il y jeta un coup d’œil rapide puis, à mon grand étonnement – me demanda la permission de le lire plus attentivement à la maison. Il me le rapporterait le lendemain.
      La semaine suivante, il me demanda de rester après le cours. Et il m’expliqua combien il avait apprécié mon article : « Il l’a sans doute trouvé intéressant, me dis-je. C’était peut-être son premier contact avec le judaïsme… »
Mais mes pensées furent soudain interrompues : « Cela me rappelait ma propre enfance, dit-il rêveusement. Durant la seconde guerre mondiale, mes parents célébraient les fêtes clandestinement, chaque année dans un autre endroit, tout en se demandant où ils se trouveraient l’année suivante ».
Heureusement que j’étais assise parce que sa question suivante me stupéfia littéralement : « Comment avez-vous su que j’étais Juif ? »
Comment ? Le professeur Mendez était donc Juif ? Je n’en croyais pas mes oreilles !
« Durant la guerre, mon père a changé de nom pour que nous puissions nous enfuir vers l’Amérique du Sud. Nous nous sommes appliqués à apparaître comme des non-juifs. Nous avons soigneusement étudié puis imité les colons espagnols… »
Ensemble nous avons encore discuté longuement de la vie juive et du judaïsme.
Le mardi suivant, juste avant que je ne quitte la maison, une de mes filles me retint : elle avait reçu plusieurs kits de ‘Hanouccah (Menorah, bougies, toupie et guide) avec pour mission de les distribuer à des personnes qui – autrement – n’allumeraient pas les lumières de la fête.
«  Donne-moi un kit, j’en ai justement besoin. Et emballe-le joliment dans un papier cadeau !  »
Après le cours de littérature espagnole, j’attendis que les étudiants quittent la salle et offris le cadeau au Professeur Mendez : « Qu’est-ce donc ? demanda-t-il, curieux et amusé. Un gâteau que vous avez préparé vous-même ? » Je secouai la tête et répondis, l’air mystérieux : « Je vous en prie, ne l’ouvrez pas avant d’arriver chez vous ». Et j’ajoutai : « Lisez attentivement ce qui est écrit à l’intérieur et, quoi qu’il arrive, gardez-le et réfléchissez-y ! ». Et tout en le saluant respectueusement, je lui souhaitai : « Joyeux ‘Hanouccah ! »
La fois suivante, je lui demandai : « Avez-vous allumé la Menorah ? »
- « Non, répondit-il, je vous ai déjà expliqué que je n’étais pas pratiquant. Ma vie a complètement changé depuis la guerre ». Il avait néanmoins placé la Menorah sur son bureau à la maison mais n’avait pas jugé utile de s’en servir.
« Pourquoi ? demandai-je. N’est-il pas temps pour vous de retourner à vos racines ? Allumez les bougies pour retrouver votre identité. Il n’est plus nécessaire de vous cacher ! »
« Peut-être une autre fois, répondit-il évasivement. Mais pas maintenant. Merci tout de même ! »
Aujourd’hui, ‘Hanouccah, un an plus tard, il m’avait envoyé cette carte postale. Je lus le message encore et encore car il me remplissait de joie. Ce n’était que quatre mots mais si significatifs : « Les bougies sont allumées ! ». Il avait signé : Professeur Mendez et, en dessous, en petits caractères : Yehouda Mendelovski.
Il existe de nombreux combats et toutes sortes de victoires. L’héroïsme dont vous avez fait preuve, Professeur Mendez, est comparable aux batailles menées par les Maccabim d’antan. Quand nous allumerons nos lumières, ce soir, avec ma famille réunie, je penserai à vos nouvelles petites lumières, ces flammes si fragiles mais qui ont vaincu l’obscurité, ces flammes victorieuses.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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La finalité de la Création
par Menahem Brod


Certaines personnes sont surprises de l’accent mis sur les notions du Machia’h et de la Délivrance. Elles trouvent cela exagéré. Bien sûr, ces personnes croient en D-ieu, en la Torah et également en la venue du Machia’h. Ce qu’elles ne comprennent pas, c’est pourquoi il est tellement nécessaire de réfléchir, de parler et d’agir autour de ce sujet. À leurs yeux, le Machia’h et la Délivrance sont une promesse lointaine qui, aussi agréable soit-elle à envisager et à contempler, est totalement déconnectée de ce qui fait notre quotidien.
Cependant, et malgré leur bonne volonté, il manque l’essentiel à leur philosophie de la vie. Les thèmes du Machia’h et de la délivrance messianique ne peuvent être considérés comme un sujet secondaire dans le Judaïsme. Il s’agit en réalité de l’essence même de notre vie, de la finalité de toutes nos actions et de la création tout entière. C’est la destinée vers laquelle convergent tous les évènements qui jalonnent l’Histoire de notre monde, passée et présente, ainsi que la mission du Peuple Juif dans son service de D-ieu. Un Juif qui étudie la Torah et pratique le Judaïsme sans être conscient de l’importance de la délivrance est comparable à un aviateur qui ne se concentrerait que sur le maniement des instruments de vol sans se soucier de sa destination.
Faire une « demeure » pour D-ieu
L’Admour Hazakène (Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi 1745 - 1812) écrit au chapitre 36 du Tanya, « On sait que l’ère messianique [...] est la finalité et l’aboutissement de la création du monde, celui-ci ayant été créé dès l’origine dans ce but. » Le Midrache enseigne en effet que le monde fut créé car « D-ieu désira une demeure dans le monde inférieur ». La création a donc pour objet de satisfaire ce « désir » de D-ieu que notre monde matériel devienne pour Lui une « demeure » où Il « résidera » et se révèlera avec la plus grande intensité.

D-ieu a ainsi créé notre monde dans lequel règne l’obscurité spirituelle et où domine le mal, afin que l’homme fasse triompher le Bien sur le Mal et transforme l’obscurité en lumière. Grâce à la Torah et aux commandements divins, l’homme a la capacité de faire pénétrer la lumière divine dans le monde et d’éclairer dans l’obscurité. Chaque Mitsva accomplie, chaque enseignement de la Torah étudié, sont autant de faisceaux de lumière supplémentaires qui contribuent à rendre le monde apte à être une « demeure » pour D-ieu.

Telle est donc la finalité de notre existence et de toutes nos bonnes actions : par le fait que des Juifs étudient la Torah et pratiquent le Judaïsme aux quatre coins du monde, et ce, depuis des générations et souvent au prix d’un lourd tribut, ce monde est devenu un endroit lumineux, empreint des notions de justice et de paix, se rapprochant sans cesse du jour où se réalisera le « désir » du Créateur et qui verra Sa révélation ici-bas dans toute Sa gloire.
Penser à l’aboutissement
Si l’ère messianique est encore à venir, la tâche qui permet de l’atteindre est cependant accomplie aujourd’hui. C’est en effet en temps d’exil que s’opère le raffinement du monde (« Cette plénitude [...] dépend de nos actions et de notre service de D-ieu pendant la durée de l’exil. » Tanya, chap. 37). Cependant, si chacune de nos actions dans le cadre du Judaïsme contribue à la dissipation des ténèbres spirituelles de l’exil, nos yeux de chair ne sont pas aujourd’hui capables de percevoir directement les bouleversements que cela induit dans le monde et la lumière divine qui s’y propage. C’est lorsque tout ce travail atteindra son apogée et que le monde sera digne d’être une « résidence » pour l’É-ternel que le Machia’h viendra et que tout se dévoilera, comme il est écrit : « La gloire de D-ieu se révélera et toutes les créatures, ensemble, seront témoins que c’est la bouche de D-ieu qui a parlé » (Isaïe 40, 5).

En conclusion, la venue du Machia’h ne saurait être considérée uniquement comme une récompense ou une rétribution pour ceux qui y ont prêté foi. Il s’agit d’un des treize « principes de la foi juive », auquel se rattache chacune de nos actions. C’est le but de la création du monde et l’aboutissement de notre vie de Torah et de Mitsvot. Occulter la notion de délivrance messianique reviendrait donc à dénier à la création et à nos vies toute finalité.

Ainsi, intégrer cette notion nous porte à vivre dans l’expectative de la venue du Machia’h qui marquera l’aboutissement de notre mission et l’entrée dans une nouvelle ère de dévoilement divin. Et lorsque l’on vit avec cela, il est naturel de penser au Machia’h, de prier pour son dévoilement rapide et d’agir jour après jour pour rapprocher son avènement.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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Un moment de solitude

qui s'avère être... un moment de vérité

par Yossef Y. Jacobson


La Paracha de cette semaine relate l’histoire dramatique de Joseph, un jeune homme extrêmement beau, qui accapara l’esprit de la femme de son maître. Elle tenta désespérément de l’entraîner dans une relation intime, mais il ne cessa de refuser.
Et puis vint le jour fatal « quand il entra dans la maison pour faire son travail et aucun membre du personnel n’était à l’intérieur. Elle l’attrapa par son manteau et le supplia : « viens avec moi ». Il la fuit, laissant son manteau entre ses mains et se précipita à l’extérieur. »
Humiliée et furieuse, elle utilisa le manteau comme preuve qu’il avait tenté d’abuser d’elle. Son mari, Potiphar, fit emprisonner Joseph pendant les douze années suivantes jusqu’au jour où, par une succession étonnante d’événements, Joseph devint vice-roi d’Égypte.
La question qui se pose est la suivante : pourquoi cet épisode est-il relaté avec force détails dans la Torah ? L’objectif de ces chapitres est de raconter la manière dont la première famille juive arriva en Égypte. C’est pourquoi, nous lisons la vente de Joseph comme esclave en Égypte, sa condamnation à la prison et sa rencontre, en ces lieux, avec les ministres du roi. Cela aboutit finalement à sa libération et à sa nomination comme vice-roi du pays, dans une période critique de famine. C’est ce qui, en dernier ressort poussa son père et toute sa famille à émigrer en Égypte.
Pourquoi donc la Torah trouve-t-elle nécessaire de relater l’histoire de la lutte entre Joseph et la femme de son maître ? Qu’y a-t-il d’important pour nous à connaître les détails de l’épisode qui causa son emprisonnement ?

Le visage de Jacob

Le Midrach explique la phrase selon laquelle Joseph « entra dans la maison pour faire son travail et aucun membre du personnel n’était à l’intérieur ». Quel travail Joseph venait-il accomplir ?
Le Midrach indique que le « travail » de Joseph consistait, en fait, à céder aux avances de cette femme. Après toutes ses suppliques incessantes, Joseph était sur le point de succomber. Mais au moment où cette union allait se matérialiser, le visage de son père, Jacob, lui apparut soudainement. Cela l’incita à rejeter la tentation et à fuir.
A nouveau une interrogation nous assaille : qu’y avait-il dans le visage de Jacob qui puisse inspirer Joseph au point de repousser une telle tentation ?

L’esclave solitaire

Réfléchissons de plus près à la condition psychologique et physique de Joseph, en ce jour fatidique.
Joseph était un esclave de dix-huit ans, dans un pays étranger. Il ne possédait pas même son propre corps, puisque son maître exerçait un contrôle absolu sur sa vie. Il n’avait pas le moindre ami, pas un seul membre de sa famille près de lui. Sa mère, Rachel, était décédée alors qu’il n’avait que neuf ans et son père le croyait mort. Ses frères le haïssaient, c’étaient eux qui l’avaient vendu comme esclave et lui avaient dérobé sa jeunesse. On peut aisément imaginer le sentiment profond de solitude qui régnait dans le cœur de ce jeune homme.
C’est dans ce contexte qu’il nous faut comprendre le dilemme de Joseph. Une personne vivant dans une telle solitude peut non seulement succomber à des tentations d’une puissance extrême mais également ressentir qu’une action unique de sa part ne changera rien au cours ultime des choses.
Après tout, quel était le danger ? Il était probable que personne ne découvrirait jamais ce qui s’était passé. Joseph ne devait pas rentrer le soir chez lui pour affronter une épouse dévouée ou un père spirituel. Il ne devait pas non plus rejoindre une famille ou une communauté garantes de valeurs morales. Il se retrouverait seul, après les faits, tout comme il l’était avant. Alors quelle importance pouvait bien revêtir cet acte isolé ?
De plus, il nous faut prendre en considération la puissance que possédait cette noble égyptienne qui tentait de séduire Joseph. Elle était en posture de transformer sa vie en paradis ou en enfer. En fait, c’est ce qu’elle fit par la suite, le faisant incarcérer pendant douze ans sur des accusations fallacieuses.
Quel fut donc le secret de la rectitude morale de Joseph ? Qu’est-ce qui donna à un esclave solitaire et fragile la force de rejeter une tentation si grande ? « Le visage de son père Jacob » ! C’est ce qui donna à Joseph le courage extraordinaire de faire taire ses impulsions et de rejeter cette femme noble.
Mais pourquoi ? Jacob vivait à des milliers de kilomètres, ne sachant pas que son fils était en vie. Quelle magie résidait-elle dans sa physionomie ?

Le moment unique d’Adam

Le Talmud présente une tradition orale selon laquelle « la beauté de Jacob reflétait la beauté d’Adam » le premier être humain formé par le Tout Puissant Lui-même. C’est pourquoi, quand Joseph vit le visage de Jacob, il contempla également le visage d’Adam.
D.ieu, nous le savons, ordonna à Adam de ne pas goûter au fruit de « l’arbre de la connaissance ». Sa désobéissance altéra à tout jamais le cours de l’histoire de l’homme et du monde. Bien que son acte fût apparemment insignifiant : manger un fruit unique d’un arbre unique, cet acte, minuscule fût-il, continue à résonner dans la conscience de l’humanité jusqu’à ce jour.
Pourquoi ? Parce que chaque être humain fait partie du nœud par lequel le ciel et la terre sont liés. Le rêve de D.ieu n’est pas d’être seul mais d’avoir l’humanité comme partenaire dans la tâche continuelle de guérir le monde. Avec chaque action que nous accomplissons, soit nous avançons, soit nous obstruons l’avancée vers la Rédemption. Soit nous réduisons, soit nous renforçons la force du mal. Quelque chose d’éternel et de Divin est à la clé de chaque décision, de chaque mot, de chaque acte émanant de chaque homme, femme ou enfant.
Quand Joseph vit le visage d’Adam, il fut envahi d’une dignité inébranlable, comme une bougie de D.ieu allumée sur son chemin cosmique. Voir le visage d’Adam rappela à Joseph la façon dont chaque acte isolé, accompli dans un moment unique, par un individu solitaire, peut changer l’histoire pour toujours.
C’est là le sens de la narration que fait la Torah de cet épisode. Durant nos moments solitaires de désespoir, quand nous aussi pouvons sentir que personne ne se soucie de nous et que nous sommes seuls dans un univers gigantesque et indifférent, nous ne devons jamais tomber dans ce piège : l’issue facile d’une gratification immorale. Nous devons nous souvenir que quelque chose de très vrai et d’absolu est en jeu, à chaque moment de notre existence et dans chaque acte que nous accomplissons.
Si seulement nous ouvrons les yeux, nous pourrons voir le visage de notre père qui nous chuchote à travers les vents silencieux de l’histoire que nous ne sommes pas une créature isolée dans un monde titanesque, créature dont le comportement n’a aucune conséquence. A chaque instant, D.ieu a besoin de chacun de nous et de nous tous pour apporter la Rédemption dans Son monde.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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Le Rabbi de Loubavitch: Bénédictions pour la nouvelle année

mardi 9 décembre 2014



Jamais trop tard

Une histoire du Baal Chem tov


Un jour le saint Rabbi Israël Baal Chem Tov allait assister au mariage d’un de ses petits-enfants. Beaucoup d’invités de marque devaient y être présents.
Tandis que le saint Rabbi se dirigeait vers la ‘houppah, accompagné de ses invités et de ses disciples, il aperçut un Juif, étranger à la communauté, qui entrait dans le bourg. Au moment où la voiture à cheval qu’il conduisait était sur le point de dépasser la procession à la tête de laquelle se trouvait le Baal Chem Tov, ce dernier se détacha du groupe, s’approcha de l’étranger et lui murmura quelque chose à l’oreille. Sur quoi, le Juif prit la direction de l’unique auberge du bourg.
Les disciples du maître étaient surpris. Force leur fut de conclure que l’étranger, bien qu’il eût l’apparence d’un Juif ne se distinguant en rien des autres, devait être un tsaddik, un saint déguisé.
Après le mariage, quelques-uns des disciples se rendirent à l’auberge afin de connaître l’étranger et peut-être tirer quelque profit moral ou intellectuel du contact avec ce saint homme. Ils l’y trouvèrent et échangèrent avec lui la traditionnelle poignée de main accompagnée du non moins traditionnel « Chalom aleikhem », auquel ils ajoutèrent respectueusement le titre de « Rabbi ». L’inconnu les regarda tout étonné et dit :
– Je ne suis ni rabbin, ni fils de rabbin !
– Il ne sert à rien de le nier, insistèrent les disciples. Pour que le saint Baal Chem Tov soit allé jusqu’à vous et vous ait murmuré quelque secret à l’oreille, il faut que vous soyez un saint. Aussi désirons-nous faire votre connaissance et apprendre quelque chose de vous.
L’étranger protesta encore. Il n’était point un tsaddik, loin de là ! Mais les disciples s’obstinèrent et l’implorèrent de leur dire qui il était. Voyant que rien ne les décourageait, il finit par consentir à leur faire le récit que vous allez lire.
Je dois vous dire d’abord que je suis un simple Juif et que je viens d’une petite ville assez éloignée d’ici. Il n’y a rien de « grand » que je puisse vous révéler sur moi. Je peux toutefois vous affirmer que votre maître, le Baal Chem Tov, est véritablement un saint. Laissez-moi vous conter toute l’histoire.
Je vis, comme je vous l’ai dit, dans une petite ville. Là, j’ai un bon ami qui habite en face de moi, de l’autre côté de la route. Une affection réciproque nous lie depuis notre enfance. Nous avons vécu comme deux frères, partageant les joies et les tristesses l’un de l’autre.

Une somme importante

Ce voisin et ami est un colporteur que le travail ne rebute pas. Il se déplace de village en village et de ferme en ferme, vendant sa marchandise aux hommes et aux femmes et leur achetant leurs produits, tels que le lin, le miel et la cire. Ces produits, il les porte à la ville où il les revend. Tout l’argent qu’il réalise dans ses tournées lui sert d’une part à payer les marchandises obtenues à crédit et d’autre part à subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants. Il n’a pas de peine à trouver sur place le crédit dont il a besoin, car il a toujours joui d’une solide réputation d’honnête homme. À chacun de ses retours de voyage, sa famille en profite pour manifester sa joie en organisant une petite fête, à laquelle participent de nombreux voisins. Parmi ceux-ci, j’ai, bien entendu, toujours été le premier.
Un jour, cet ami revint, comme d’habitude, d’une longue tournée. J’allai dans la soirée lui rendre visite. J’aperçus, en passant, sa femme occupée à la cuisine, et les enfants dans leur chambre. En revanche, personne ne me vit. Mon voisin était sorti. Familier de la maison, j’allai vers le buffet où je savais qu’il y avait du tabac ; je voulais bourrer ma pipe. L’ayant ouvert, je vis à l’intérieur une somme d’argent assez importante qui traînait et dont le premier venu aurait pu facilement s’emparer. L’idée me vint alors de jouer à mon ami un tour qui lui servirait de leçon, afin qu’à l’avenir il fût plus prudent. Je pris l’argent – une somme, comme je l’ai dit, assez rondelette qui devait représenter le produit de son dernier voyage –, le mis dans ma poche et m’en fus. Je comptais revenir un peu plus tard et, bien entendu, rapporter l’argent ; le temps que mon ami, découvrant qu’il manquait, en eût une petite frayeur qui lui aurait donné la secousse salutaire que je souhaitais pour son bien.

Un couple accablé

Cela se passa comme je l’avais prévu du moins pour la première partie. Rentré chez lui, mon ami découvre que l’argent a disparu. Troublé, il demande à sa femme si elle l’a rangé quelque part. Elle répond que non et les voilà tous deux au comble de la nervosité. Ils fouillent partout, mais ne trouvent rien. Les voisins arrivent comme à leur habitude, mais au lieu de trouver la joyeuse compagnie à laquelle ils sont accoutumés, ce sont des hôtes accablés qui les accueillent.
Arrivé à mon tour dans la maison de mon ami, je fus témoin d’une émotion telle – due, comme on pense, à la disparition de l’argent – que j’eus honte de mon acte. Et ce qui était plus grave encore, c’est que je n’avais plus le courage de dire que c’était moi qui l’avais pris pour jouer un tour et à la fois donner une leçon à mon ami. Je feignis d’ignorer tout de l’affaire, et assurai mon ami de ma sympathie. J’avais décidé entre temps de remettre l’argent à sa place dès que je pourrais le faire sans être vu.
J’abrège. Les jours passaient et aucune occasion ne se présentait qui me permît de restituer l’argent sans témoin. Le faire ouvertement, il en était de moins en moins question. Plus le temps s’écoulait, plus cela devenait inconcevable. Qui, en effet, aurait cru que je voulais jouer un tour à mon ami pour son bien ? Le vol, c’était la seule pensée à laquelle quiconque se serait arrêté. Chaque jour qui passait ajoutait au poids qui oppressait mon cœur et alourdissait ma conscience. Mais à cette situation intolérable, je continuais à ne voir aucune issue.

Le Yétser Hara

Entre temps, les créanciers de mon ami avaient conclu un accord avec lui. Aussitôt, le mauvais penchant – qui est en chacun de nous – me persuada que toute cette histoire n’était pas si grave que je l’imaginais. « Oh ! Tu finiras bien par trouver un moyen de restituer cette somme, me répétait cette voix perfide. En attendant, au lieu de laisser dormir cet argent, pourquoi ne pas t’en servir pour réaliser quelques affaires ? Ainsi, le moment venu, tu restitueras non seulement le capital, mais aussi les bénéfices, ce qui sera une compensation pour le préjudice causé à ton ami. De toute manière, il est trop tard, pour essayer de rendre cet argent maintenant... »
Cependant, avec une si grosse somme, je ne pouvais entreprendre quoi que ce soit sans éveiller les soupçons. Mais encore une fois, le démon vint à mon aide : « Pars pour une autre ville où tu n’es connu de personne. Dis à tes amis que tu vas parcourir le monde afin de tenter ta chance. Le jour viendra où tu rentreras ici en possession d’un capital substantiel. Alors tu régleras au mieux cette affaire avec ton ami... »
Ce que je fis. Aujourd’hui, même, ce matin, je louai une voiture à cheval et pris la route à destination d’une ville se trouvant à une certaine distance du bourg que je quittais. En chemin, je traversais votre ville, quand, vous l’avez vu, votre saint Rabbi m’arrêta et me murmura à l’oreille : « Mon ami, il n’est pas trop tard maintenant pour régler cette malheureuse affaire ; mais si tu attends encore, il pourrait alors être trop tard. Écoute mon conseil, rebrousse chemin et va restituer son argent à ton voisin. Il te croira si tu lui dis la vérité. De toute manière, je viendrais moi-même, au besoin, témoigner que tu n’avais d’autre pensée, en agissant ainsi, que de lui donner une leçon, même si elle a été si mal conçue par toi. »

La leçon était pour moi

Que vous dirai-je ? poursuivit l’étranger. Je sentis comme si on soulageait ma poitrine d’un poids immense. Je rentrerai chez moi, et j’obéirai point par point au conseil de votre saint Rabbi. Oh, j’ai pour lui tant de gratitude ! Comment a-t-il pu tout savoir sur cette affaire, je l’ignore, mais je n’oublierai jamais ce qu’il vient de faire pour moi. Inutile de vous dire que des tours semblables, je n’en jouerai jamais plus. La leçon a été pour moi, moi seul et personne d’autre.
Ce récit convainquit les disciples que son auteur était, comme il le disait, un simple Juif, non un tsaddik. Mais ils se rendaient compte qu’eux aussi venaient d’apprendre quelque chose d’utile, et qu’il y a beaucoup à apprendre même d’un simple Juif.
Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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Quand viendras-tu?

La question du Baal Chem Tov au Machia’h



Voici un extrait d’une lettre que le Baal Chem Tov écrivit à son beau-frère, Rabbi Guerchon de Kitov au sujet d’une expérience mystique qu’il eut le jour de Roch Hachana 5507 (1747) :
« ... J’ai réalisé une ascension de mon âme1, comme cela t’est connu, et j’ai été témoin de scènes extraordinaires que je n’avais jamais vues jusqu’ici... Je suis monté de niveau en niveau jusqu’à la sphère du Machia’h. Là, il apprenait avec les maîtres du Talmud, les justes et les sept bergers du peuple juif2. Une très grande joie dont je ne connaissais pas la cause régnait parmi eux. Je pensais alors que cette joie provenait du fait de mon décès3 – à D.ieu ne plaise – , mais je sus par la suite que j’étais toujours vivant, car les processus spirituels que je provoquais à l’aide de leurs enseignements leur procuraient une grande satisfaction. Toutefois, je ne pus jamais savoir la raison de leur joie.
Je demandai au Machia’h : « Quand viendras-tu, Maître ? »4 Il me répondit : « Tu le sauras ainsi : Lorsque ton enseignement se diffusera et se révélera dans le monde et que tes sources, qui consistent en ce que je t’ai enseigné et que tu as compris, se répandront au dehors... »
Cette réponse du Machia’h au Baal Chem Tov, qui atteste de la relation entre son enseignement et l’avènement des temps messianiques, a été, depuis lors, pour le mouvement ‘hassidique, un véritable manifeste du caractère universel de sa portée.
« Répandre les sources à l’extérieur » signifie, pour le ‘Hassidisme, amener ses enseignements aux personnes, aux lieux, aux niveaux les plus éloignés du Judaïsme, jusqu’à ce que le « l’extérieur » lui-même devienne « une source jaillissante » de l’expression du divin en ce monde.
C’est là tout le sens de la révélation et de la diffusion mondiale de la « ‘Hassidout ‘Habad », qui permet à tout un chacun d’intégrer intellectuellement les enseignements du Baal Chem Tov pour en faire la base de sa vie quotidienne.

NOTES
1.Cette montée de l’âme dans les sphères spirituelles est un processus kabbalistique que le Baal Chem Tov utilisait souvent. D’après la tradition hassidique, celui-ci était plus souvent dans les mondes spirituels que dans ce monde.
2.Qui sont : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, le roi David et le roi Salomon.
3.La disparition d’un juste est, du point de vue ésotérique, source d’une grande joie, car celui-ci est libéré des contraintes physiques de son corps et du monde.
4.La formulation de cette question, posée par le Baal Chem Tov en araméen, est empruntée à Rabbi Yéochoua Ben Lévi dans le traité Sanhédrine (98a).

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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Rester sur la balançoire
par Tali Loewenthal


La plupart des enfants adorent faire de la balançoire. Ce n’est pas évident de partir d’une position immobile puis d’acquérir de l’élan petit à petit. Mais, avec des efforts, la balançoire va s’élever progressivement de plus en plus haut. Regarder l’enfant se balancer révèle un phénomène intéressant : pour monter vraiment haut avec la balançoire, il faut descendre le plus vigoureusement possible. C’est quand on atteint le point le plus bas que l’on acquiert le plus d’élan pour immédiatement se propulser jusqu’au point le plus haut.
C’est l’une des ironies de la vie que, pour atteindre la plus grande élévation, il est nécessaire de plonger jusqu’au point le plus bas. Cela semble presque être une loi de la nature qu’il y a souvent une « descente » avant une « élévation », c’est-à-dire une situation négative avant une situation positive. Dans la Torah, ce principe est illustré par la chaîne d’événements qui commencent dans la Paracha de cette semaine : la descente de Joseph en Égypte et son ascension à la grandeur.
Dans un tragique exemple de rupture des relations fraternelles, Joseph fut vendu comme esclave en Égypte. Pendant treize ans, il subit l’esclavage, l’emprisonnement et l’humiliation, mais il devint finalement le vice-roi de toute l’Égypte. Cette position lui permit de sauver sa famille et des milliers d’autres pendant les terribles années de famine.1
Ce modèle est la clé des deux notions d’exil et de rédemption. La promesse divine de la rédemption décrit un état ​​d’exaltation de l’être et de la conscience pour toute l’humanité. Cependant, pour y parvenir, il est nécessaire de passer par le point le plus bas de la balançoire : l’amertume et l’obscurité de l’exil.
Notre problème est que, parfois, survient un accident particulièrement malheureux. Par exemple, lorsque la balançoire est à son point le plus bas, le pied de la personne peut se prendre dans quelque chose et la voilà jetée à terre. De même, l’exil peut soudainement devenir si difficile que beaucoup de gens perdent espoir. Après la Shoah, il y avait un désespoir généralisé quant à l’avenir du judaïsme, en particulier en ce qui concerne la pratique et le savoir traditionnels. Pourtant, malgré ces craintes, il y eut miraculeusement un extraordinaire renouvellement de l’érudition juive et de la vie juive traditionnelle. Le savoir juif et la pratique juive, en Israël et ailleurs, ont pris un joyeux élan ascendant.
Dans la vie d’un individu ou d’une communauté, il peut y avoir des accrocs similaires qui menacent de nous jeter à terre. Peu à peu, on en vient à accepter la nouvelle situation, et on fait un pas en avant. Le défi consiste à rester assis fermement sur ​​la balançoire, en s’agrippant fort aux cordes2 lorsqu’elle passe par ce qui semble être le point le plus bas, avec la foi en D.ieu que bientôt elle atteindra les plus grandes hauteurs.
La fête de ‘Hanouka, qui tombe toujours à proximité de la Paracha de cette semaine, exprime aussi cette tendance. Le peuple juif avait sombré au plus profond de l’assimilation à la culture et à l’idolâtrie grecques. Ce processus avait commencé comme quelque chose de volontaire chez les Juifs les plus riches, et fut ensuite rendu obligatoire à tous par décret du gouvernement. Le saint Temple fut profané, et l’étude et la pratique juives furent interdites.
C’était le point le plus bas sur la balançoire. Puis, d’une façon miraculeuse, les Maccabées se rassemblèrent, défirent les troupes syro-grecques et restaurèrent le temple. Quand ils allumèrent la ménorah d’or, alors qu’ils disposaient de l’huile suffisante pour allumer seulement une journée, celle-ci demeura miraculeusement allumée pendant huit jours, annonçant un retour de l’ensemble du pays au judaïsme. De nouveau, la balançoire s’élançait vers le haut.
Quoi qu’il arrive, tenez-vous bien !

NOTES
1.Joseph lui-même considérait le fait d’avoir été vendu comme esclave comme un prélude nécessaire à son œuvre salvatrice. Voir Genèse 45,5-8.
2.C’est la qualité de Netsa’h, la détermination à réussir et à tenir bon dans tous les aspects de la vie. Voir Tanya, Igueret HaKodech 15 (122b), et Likoutei Torah, Massei 90d.

Que D-ieu protège et guérisse miraculeusement tous nos soldats comme chacun des enfants d'Israël, partout dans le monde, Qu'il venge leur sang, et qu'Il ne nous prodigue à partir de maintenant que des douceurs palpables à l’œil nu.


En chaque génération vit un homme qui attend avec impatience de pouvoir libérer son peuple de l’exil.


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